Romain Bouteille : Pionnier du Café-Théâtre Français
Romain Bouteille est un auteur de théâtre, acteur, humoriste et chanteur français qui a révolutionné la scène comique hexagonale. Figure emblématique du café-théâtre, cofondateur du mythique Café de la Gare avec Coluche, il incarne une génération d’artistes libertaires ayant bousculé les codes établis du spectacle vivant. Son héritage traverse cinq décennies, des bouillonnements de mai 1968 jusqu’à sa disparition en 2021, laissant une empreinte indélébile sur l’humour français contemporain.
Qui est Romain Bouteille ? Né le 24 mars 1937 à Paris, Romain Bouteille fut l’un des précurseurs du café-théâtre en France. Auteur d’une trentaine de pièces d’inspiration libertaire et anarchiste, il fonda en 1969 le Café de la Gare, pépinière de talents qui révéla Coluche, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Lanvin ou encore Michel Blanc. Décédé le 31 mai 2021 à Corbeil-Essonnes, il laisse derrière lui une œuvre théâtrale exigeante et un modèle de création collective qui continue d’inspirer les nouvelles générations d’humoristes.
Mais comment un jeune Parisien imprégné des valeurs du scoutisme est-il devenu le père spirituel du café-théâtre à la française ? En quoi son approche révolutionnaire de la création collective a-t-elle transformé le paysage comique français ? Plongeons dans le parcours d’un artiste singulier qui choisit la liberté créative au détriment du conformisme, faisant de l’anarchie un principe artistique et du collectif une force d’émancipation.
Chronologie Marquante de Romain Bouteille
- 1937 – Naissance le 24 mars à Paris dans une famille engagée dans le scoutisme
- 1966 – Premier one-man-show au Théâtre de la Vieille-Grille
- 1968 – Rencontre décisive avec Coluche
- 1969 – Cofondation du Café de la Gare passage d’Odessa avec Coluche et la troupe en juin
- 1971 – Départ de Coluche
- 1972 – Déménagement du Café de la Gare rue du Temple dans le Marais
- 1975 – Succès au cinéma avec Section spéciale de Costa-Gavras
- 1988 – Mariage avec la comédienne Saïda Churchill
- Années 1990 – Départ du Café de la Gare et installation à Étampes
- 2014 – Création du théâtre Les Grands Solistes à Étampes avec Saïda Churchill
- 2021 – Décès le 31 mai à l’hôpital de Corbeil-Essonnes à l’âge de 84 ans
Les Origines de Romain Bouteille : Enfance et Premiers Pas dans l’Humour
Romain Bouteille voit le jour le 24 mars 1937 à Paris, dans une France à quelques années de la Seconde Guerre mondiale. Issu d’une famille marquée par l’engagement associatif, il grandit sous l’influence de son père Fernand Bouteille, figure du scoutisme français très impliquée dans la communication auprès des jeunes. Cette éducation imprégnée de valeurs collectives et de vie en communauté forgera sa vision artistique future, celle d’un théâtre horizontal, sans hiérarchie.
Dans sa jeunesse, Romain Bouteille pratique le scoutisme comme éclaireur de France, expérience qui développe chez lui le goût de l’aventure collective et de l’autonomie. Bien avant les planches, c’est dans ces campements scouts qu’il découvre la force du groupe, l’importance de l’entraide et ce refus de l’autorité verticale qui caractérisera plus tard sa démarche théâtrale. Ces années de formation façonnent un jeune homme épris de liberté, allergique aux carcans institutionnels.
Le passage vers le théâtre s’opère progressivement au cours des années 1950 et 1960. Attiré par les possibilités d’expression qu’offre la scène, Romain Bouteille fréquente les théâtres de la rive gauche parisienne où fermente une avant-garde contestataire. Il y croise Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Rufus, Bernard Haller et toute une génération de jeunes comédiens en rupture avec le théâtre institutionnel. Ces rencontres seront déterminantes, créant un réseau d’artistes partageant une même soif d’expérimentation.
En 1966, Romain Bouteille franchit un cap décisif avec son premier one-man-show au Théâtre de la Vieille-Grille, l’un des hauts lieux de la création alternative parisienne. Sur scène, il déploie déjà cette écriture ciselée, nourrie d’absurde et de poésie contestataire, qui deviendra sa signature. L’homme commence à affirmer une vision artistique singulière : celle d’un théâtre accessible, populaire sans être démagogique, intelligent sans être élitiste. Par la suite, la rencontre en 1968 avec un jeune humoriste nommé Michel Colucci, futur Coluche, changera définitivement la trajectoire de Romain Bouteille et l’histoire du rire français.
Le Style Unique de Romain Bouteille : Analyse et Évolution
La Révélation : Comment Romain Bouteille a Conquis le Public
L’année 1969 marque un tournant capital dans la carrière de Romain Bouteille et dans l’histoire du spectacle vivant français. Au lendemain de mai 1968, dans une société française bouleversée par les aspirations révolutionnaires, Bouteille et Coluche décident de fonder un lieu unique : le Café de la Gare. Installé dans une ancienne fabrique de ventilateurs passage d’Odessa, près de la gare Montparnasse, ce théâtre incarne l’esprit libertaire de l’époque.
Toutefois, Romain Bouteille refuse catégoriquement le terme de fondateur. Comme il l’expliquera en 1999 au Monde : « C’est une façon de parler : l’intérêt et la force du Café de la Gare, c’est l’absence de fondateur. Un fondateur choisit ceux qui vont travailler avec lui ; il apporte une discipline précise. Coluche et moi, on n’a pas choisi. Je préfère penser que le Café de la Gare est une sorte d’accident. » Cette formule résume toute la philosophie de Bouteille : un théâtre sans hiérarchie, sans sélection, ouvert à tous les talents désireux d’expérimenter.
Aux côtés de Coluche, Romain Bouteille rassemble une troupe hétéroclite et talentueuse : Patrick Dewaere, Miou-Miou, Henri Guybet, Sotha, Jean-Michel Haas, Catherine Mitry, Gérard Lefèvre. Ensemble, ils restaurent le lieu, construisent la scène, installent les gradins. Le principe fondateur est révolutionnaire : interdiction d’interdire, partage équitable des recettes, aucune autorité supérieure, chacun maître de son texte. Coluche résumera l’atmosphère par une formule savoureuse : le copinage en concubinage.
En 1972, face au succès immédiat, le Café de la Gare déménage au 41 rue du Temple dans le Marais, s’installant dans un ancien relais de poste du XVIIe siècle. La salle passe ainsi de 180 à 450 places, devenant le plus grand café-théâtre de la capitale. Toutefois, Coluche avait déjà quitté le Café de la Gare en 1971, suite à des divergences avec Bouteille et son désir de poursuivre une carrière solo. Malgré cette séparation, l’humoriste dira de son mentor : « Ce qu’il ne m’a pas appris, je le lui ai piqué », témoignant de l’influence décisive de Romain Bouteille sur sa carrière.
Techniques et Signature Artistique
L’écriture de Romain Bouteille se distingue par une sophistication verbale rare dans le paysage comique français. Ses textes mêlent philosophie, absurde et répliques cinglantes, créant un humour intellectuel sans pédanterie. Comme il le revendiquait : « Faire un truc que les autres ne font pas, c’est déjà passer pour un original. Au moins, on n’encourt pas la comparaison. »
Les caractéristiques stylistiques de Romain Bouteille :
- Langue ciselée : précision du vocabulaire, richesse des références culturelles
- Absurde poétique : situations loufoques portées par une logique interne implacable
- Engagement politique : critique sociale et antimilitarisme constants
- Répliques-chocs : formules percutantes mélangeant ironie et profondeur
- Rythme verbal : phrasé rapide, enchainements fulgurants d’idées
- Déconstruction des codes : remise en question permanente des conventions théâtrales
- Humanisme libertaire : défense des opprimés à travers le rire
- Refus du conformisme : revendication d’une marginalité assumée
Sur le plan thématique, Romain Bouteille explore inlassablement les absurdités de la société moderne, la bêtise institutionnelle, les dérives de l’autorité. Ses pièces comme Robin des quoi ? ou Le Soir des diplomates déconstruisent avec malice les mythes et conventions sociales. Par ailleurs, son processus créatif repose sur l’improvisation collective et le dialogue constant avec les comédiens, refusant l’auteur omnipotent au profit d’une co-création permanente.
Les Spectacles et Œuvres Cultes de Romain Bouteille
Spectacles One-Man-Show et Pièces de Théâtre
L’Échappée belle (1964) – Coécrit avec Henri Garcin et joué au théâtre La Bruyère avec Monique Tarbès. Cette première création affirme déjà le goût de Bouteille pour les situations absurdes et l’écriture dialoguée incisive. La pièce explore les tentatives d’émancipation d’individus pris au piège de conventions sociales étouffantes.
Le Soir des diplomates (1971) – Mise en scène par l’auteur au Théâtre de Poche Montparnasse. Satire féroce du monde diplomatique et de ses hypocrisies protocolaires, cette pièce illustre la verve contestataire de Bouteille au sommet de la période post-68. Elle rencontre un accueil enthousiaste dans les milieux intellectuels parisiens.
Robin des quoi ? (1971) – Créé au Café de la Gare. Relecture iconoclaste de la légende de Robin des Bois, cette pièce emblématique déconstruit avec jubilation les mythes héroïques et leur récupération idéologique. Le spectacle devient rapidement culte et illustre parfaitement l’esprit libertaire du lieu.
La Manœuvre dilatoire (1973) – Au Café de la Gare. Nouvelle démonstration de virtuosité verbale, cette pièce joue sur les procédures administratives absurdes et la bureaucratie déshumanisante. L’absurdité kafkaïenne rencontre l’humour français dans un cocktail détonnant.
Je m’appelle Harry Dave (1980) – One-man-show au Théâtre Gramont. Bouteille y déploie tout son talent d’interprète solitaire, incarnant un personnage aux multiples facettes, entre fragilité et cynisme. Le spectacle révèle la dimension introspective de son théâtre.
L’Esprit qui mord (1984) – One-man-show confirmant la puissance comique de Bouteille en solo. Il y affine son style verbal, mêlant jeux de mots sophistiqués et observations sociales acérées. C’est l’aboutissement de vingt ans d’expérimentation scénique.
Votre Honneur (1995) – Au Café de la Gare. L’une de ses dernières grandes créations dans le lieu qu’il a contribué à rendre mythique. La pièce aborde avec ironie les institutions judiciaires et leurs contradictions. Elle témoigne d’une verve intacte après trois décennies de création.
Émissions Télévisées et Radiophoniques
Romain Bouteille participe régulièrement aux grandes émissions culturelles de son époque. Il apparaît dans Les Raisins verts de Jean-Christophe Averty, émission culte de la télévision française explorant les avant-gardes artistiques. On le retrouve également dans Les Saintes Chéries de Jean Becker aux côtés de Micheline Presle, ainsi que dans Bienvenue chez Guy Béart en 1970. Ces passages télévisés lui permettent de toucher un public plus large tout en restant fidèle à son exigence artistique.
Filmographie et Cinéma
Bien que Romain Bouteille privilégie le théâtre, il tourne dans plus de quarante films entre les années 1960 et 2016. Sa filmographie témoigne d’un éclectisme remarquable et de collaborations avec des cinéastes majeurs. Le Feu follet (1963) de Louis Malle marque ses débuts au cinéma dans un rôle mineur. Il apparaît ensuite dans Peau d’âne (1970) de Jacques Demy, Le Locataire (1976) de Roman Polanski et Section spéciale (1975) de Costa-Gavras où il incarne un sergent allemand dans une séquence mémorable.
Toutefois, comme il l’explique lui-même en 2007 : « Je ne demande pas, et on ne me propose pas » de grands rôles. Son refus de compromis artistiques et son attachement au théâtre expliquent cette carrière cinématographique en pointillés. Il privilégie toujours la liberté créative du plateau de théâtre à la machine hollywoodienne. Son dernier film, Vendeur (2016), clôt une filmographie atypique où il incarne souvent des personnages secondaires mais mémorables.
Les Répliques Cultes de Romain Bouteille
- « Ma vocation artistique s’est dessinée vers 1955 sous l’angle : trouver un job qui permette de se lever à n’importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance. » – Expliquant son parcours en 2005
- « C’est une façon de parler : l’intérêt et la force du Café de la Gare, c’est l’absence de fondateur. » – Sur la philosophie collective du lieu
- « Un fondateur choisit ceux qui vont travailler avec lui ; il apporte une discipline précise. Coluche et moi, on n’a pas choisi. » – Interview au Monde, 1999
- « Je préfère penser que le Café de la Gare est une sorte d’accident. » – Sur la genèse du théâtre mythique
- « Je croyais en l’efficacité d’un groupe déhiérarchisé, avec le partage équivalent de tout bénéfice éventuel, sans apprentissage. » – Principe fondateur du Café de la Gare
- « Je suis un libertaire consciencieux. » – Autodéfinition
- « Nous, on en avait un peu marre de tout ça, des cabarets où le bonhomme était tout seul, où il n’y avait pas de troupe. » – Sur la nécessité du collectif
- « Il devenait important pour Coluche et moi de faire un théâtre qui n’avait pas existé : un théâtre avec l’interdiction d’interdire. » – Manifeste artistique
- « Je suis un écho des choses qu’on n’a pas le droit de dire. » – Sur sa fonction d’auteur
- « Faire un truc que les autres ne font pas, c’est déjà passer pour un original. Au moins, on n’encourt pas la comparaison. » – Philosophie créative
Romain Bouteille en Coulisses : Personnalité et Méthode de Travail
Derrière le visage public du théâtre libertaire, Romain Bouteille cultive une discrétion presque paradoxale. Sa vie privée reste volontairement à l’écart des projecteurs. Il vit pendant plusieurs années avec la comédienne-réalisatrice Sotha, compagne historique du Café de la Gare. En mai 1968, Patrick Dewaere la rencontre lors des manifestations et ils nouent une relation passionnée, se mariant le 26 juillet 1968. Bouteille vit cette séparation dans la période même où il fonde le Café de la Gare.
En 1988, Romain Bouteille épouse la comédienne Saïda Churchill, avec qui il partagera trente-trois ans de vie commune. Le couple s’installe d’abord à Marseille où naît leur fils Shams en 1997, lui-même devenu comédien et compositeur. Par la suite, la famille s’établit à Étampes en Essonne, marquant le retrait progressif de Bouteille du Café de la Gare au début des années 1990. Ce déménagement géographique symbolise une nouvelle étape de son parcours artistique.
Sa méthode de travail repose sur un refus catégorique de l’autorité verticale et une confiance absolue dans le collectif. Au Café de la Gare, Bouteille instaure des règles révolutionnaires : pas de chef, pas de metteur en scène omnipotent, l’acteur reste maître de son texte, répartition équitable des recettes, pas de sanctions, celui qui part doit trouver un remplaçant. Cette organisation anarchiste génère parfois des tensions, notamment avec Coluche en 1970, mais elle produit aussi une émulation créative exceptionnelle.
Romain Bouteille écrit prolifiquement : une trentaine de pièces de théâtre jalonnent sa carrière, toutes marquées par une inspiration libertaire et anarchiste. Son processus créatif favorise l’improvisation, le dialogue avec les comédiens, la réécriture constante. Il considère le texte comme un matériau vivant, modelable par l’expérience scénique. Cette approche organique du théâtre contraste radicalement avec la tradition du texte sacré et intouchable.
Concernant ses relations professionnelles, Romain Bouteille entretient des liens durables avec de nombreux artistes. Henri Guybet, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Philippe Manesse, Patrice Minet, Marie-Christine Descouard traversent régulièrement son parcours. Il lance aussi les carrières de Gérard Lanvin, Renaud, Anémone, Josiane Balasko et Michel Blanc. Coluche reste son élève le plus célèbre, reconnaissant toujours sa dette envers Bouteille malgré leur séparation houleuse.
Sa philosophie artistique tient en quelques principes simples mais radicaux : l’art doit être accessible sans être simplifié, contestataire sans être dogmatique, collectif sans être anonyme. Romain Bouteille croit en la capacité du rire à bouleverser les consciences, à ébranler les certitudes. Comme il l’affirme : « Je suis un écho des choses qu’on n’a pas le droit de dire. » Le théâtre devient ainsi un espace de liberté totale, dernier bastion de la parole libérée.
En décembre 2014, Romain Bouteille et Saïda Churchill créent Les Grands Solistes, un théâtre de cinquante places à Étampes, sorte de cabaret rive gauche prolongeant l’esprit du Café de la Gare. Ce nouveau lieu permet à Bouteille de poursuivre son œuvre dans une échelle plus intime, adaptée à ses soixante-dix-sept ans. Il continue d’y programmer des spectacles exigeants, maintenant vivante la flamme du théâtre indépendant jusqu’à ses dernières années.
L’Héritage de Romain Bouteille : Impact sur l’Humour Français
Influence sur les Nouvelles Générations
L’influence de Romain Bouteille sur l’humour français contemporain s’avère considérable bien que souvent méconnue du grand public. En créant le Café de la Gare, il invente littéralement le concept de café-théâtre à la française : un lieu sans hiérarchie, ouvert à l’expérimentation, où les jeunes talents peuvent se former en dehors des circuits institutionnels. Ce modèle inspirera des dizaines d’espaces similaires à travers la France.
Dès lors, toute une génération d’humoristes se forme au Café de la Gare. Coluche y développe son style iconoclaste avant de conquérir l’Olympia et la France entière. Patrick Dewaere et Miou-Miou y affinent leur talent comique avant de devenir des stars du cinéma français. Gérard Lanvin, Renaud, Anémone, Josiane Balasko, Michel Blanc : tous passent par cette école de la liberté créative. Ils emportent avec eux les leçons de Bouteille : audace, refus du conformisme, primauté du collectif.
Le modèle du Café de la Gare essaime rapidement. Martin Lamotte fonde La Veuve-Pichard, la troupe du Splendid crée son propre théâtre. Ces lieux perpétuent l’esprit libertaire insufflé par Bouteille : priorité à la création collective, accessibilité populaire, rejet des codes académiques. Le café-théâtre devient un genre à part entière du paysage comique français, pépinière permanente de nouveaux talents.
Place dans le Patrimoine Culturel
Romain Bouteille occupe une place unique dans le patrimoine culturel français : celle du créateur effacé, de l’artiste en retrait dont l’œuvre collective éclipse la notoriété personnelle. Contrairement à Coluche ou Desproges, il ne devient jamais une star médiatique. Toutefois, son rôle de passeur, de catalyseur de talents, d’inventeur d’un modèle théâtral révolutionnaire le place au panthéon des grandes figures de l’humour hexagonal.
La critique théâtrale reconnaît progressivement son importance. Ses pièces, longtemps considérées comme trop marginales, font désormais l’objet d’études universitaires et de reprises par de jeunes compagnies. L’écriture de Bouteille, mêlant sophistication verbale et engagement politique, résonne particulièrement auprès des nouvelles générations d’auteurs cherchant à renouveler le théâtre comique français.
Sur le plan sociologique, le Café de la Gare symbolise une époque charnière : celle de la contre-culture post-68, de l’utopie collective, de la remise en question radicale des hiérarchies traditionnelles. Romain Bouteille incarne cette génération qui voulut réinventer l’art et la société simultanément. Si l’utopie sociale échoua, l’utopie artistique laisse des traces durables dans le paysage culturel français.
L’œuvre de Romain Bouteille conserve une étonnante pérennité. Ses thèmes – critique de l’autorité, absurdité bureaucratique, poésie du quotidien – restent d’actualité. Son style verbal exigeant trouve un écho chez les humoristes contemporains privilégiant l’intelligence textuelle. Des artistes comme Stéphane De Groodt, François Morel ou Alex Vizorek perpétuent, consciemment ou non, cette tradition de l’humour littéraire et engagé initiée par Bouteille.
Romain Bouteille décède le 31 mai 2021 à l’hôpital de Corbeil-Essonnes d’une insuffisance respiratoire, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Son épouse Saïda Churchill annonce la nouvelle avec émotion : « Romain nous a quitté ce soir vers 22 h. Un vide vertigineux. 33 ans de vie avec lui. Merci de continuer à l’aimer. Il est parti tranquillement. » Les hommages affluent du monde du spectacle, saluant un artiste hors norme, un homme de cœur, un défricheur irremplaçable.
Questions Fréquentes sur Romain Bouteille
Où est né Romain Bouteille ?
Romain Bouteille est né le 24 mars 1937 à Paris.
Quand Romain Bouteille a-t-il commencé sa carrière ?
Il débute dans les années 1960 et présente son premier one-man-show en 1966 au Théâtre de la Vieille-Grille.
Quels sont les spectacles les plus connus de Romain Bouteille ?
Parmi ses œuvres marquantes : Robin des quoi ? (1971), Le Soir des diplomates (1971), La Manœuvre dilatoire (1973), Je m’appelle Harry Dave (1980) et Votre Honneur (1995).
Comment Romain Bouteille a-t-il marqué l’humour français ?
Il cofonde le Café de la Gare en 1969, premier café-théâtre anarchiste français, et révèle des talents comme Coluche, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Michel Blanc et Josiane Balasko.
Quel est le style d’humour de Romain Bouteille ?
Romain Bouteille pratique un humour verbal sophistiqué, mêlant absurde poétique, engagement libertaire, satire sociale et déconstruction des conventions. Son théâtre privilégie la richesse textuelle et la contestation politique.
Romain Bouteille a-t-il remporté des prix ?
Les sources disponibles ne mentionnent pas de prix majeurs individuels, mais il est universellement reconnu comme père fondateur du café-théâtre français et figure capitale du théâtre alternatif.
Où peut-on voir les spectacles de Romain Bouteille ?
Romain Bouteille est décédé en 2021. Son théâtre Les Grands Solistes à Étampes, créé en 2014 avec Saïda Churchill, perpétue son héritage artistique.
Qui a influencé Romain Bouteille ?
Les sources indiquent ses rencontres déterminantes avec Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Rufus, Bernard Haller et l’avant-garde théâtrale parisienne des années 1960. Le scoutisme et l’esprit collectif de mai 1968 ont aussi profondément marqué sa vision artistique.
Quelle était la relation entre Romain Bouteille et Coluche ?
Ils se rencontrent en 1968 et cofondent le Café de la Gare en 1969. Malgré une séparation en 1971, Coluche reconnaîtra toujours : « Ce qu’il ne m’a pas appris, je le lui ai piqué. »
Combien de pièces Romain Bouteille a-t-il écrites ?
Romain Bouteille est l’auteur d’une trentaine de pièces de théâtre d’inspiration libertaire et anarchiste, créées principalement entre 1964 et 1995.
Romain Bouteille : Un Pilier de l’Humour Français
Romain Bouteille demeure une figure essentielle et pourtant discrète de l’humour français. Inventeur du café-théâtre anarchiste, auteur prolifique d’une œuvre théâtrale exigeante, découvreur de talents exceptionnels, il incarne une génération d’artistes qui refusèrent les compromis au nom de la liberté créative. Sa devise – « Je suis un écho des choses qu’on n’a pas le droit de dire » – résume parfaitement sa vision du théâtre comme espace de parole libérée et de contestation joyeuse.
L’héritage de Romain Bouteille dépasse largement sa notoriété personnelle. En créant le Café de la Gare, il offre à des générations d’humoristes un lieu d’expérimentation sans équivalent. Coluche, Dewaere, Miou-Miou, Lanvin, Blanc, Balasko : autant de carrières lancées depuis ce modeste passage d’Odessa devenu mythique. Son modèle de création collective, horizontal et libertaire, continue d’inspirer les théâtres alternatifs contemporains.
Aujourd’hui, l’œuvre de Romain Bouteille connaît une redécouverte progressive. Ses textes, longtemps considérés comme trop marginaux, révèlent à la relecture une richesse littéraire et une pertinence politique intactes. L’absurde poétique qu’il cultive, son refus radical du conformisme, sa foi en la puissance émancipatrice du collectif résonnent auprès des nouvelles générations d’artistes cherchant à réinventer le théâtre comique français.
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Références et Sources
- « Romain Bouteille », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Romain_Bouteille
- « Décès de Romain Bouteille, co-fondateur du célèbre « Café de la gare » », Europe 1, 1er juin 2021, https://www.europe1.fr/faits-divers/deces-de-romain-bouteille-co-fondateur-du-celebre-cafe-de-la-gare-4048907
- « Nécrologie et avis de décès de Romain Bouteille », Avis de Décès, https://www.avis-de-deces.net/defunts-celebres/necrologie-de-romain-bouteille/
- « La mort de Romain Bouteille, co-fondateur du célèbre Café de la gare de Paris », INA, https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/la-mort-de-romain-bouteille-co-fondateur-du-celebre-cafe-de-la-gare-de-paris
- « Romain BOUTEILLE », JeSuisMort.com, https://www.jesuismort.com/tombe/romain-bouteille
- « Romain Bouteille, cofondateur du Café de la Gare, est mort à l’âge de 84 ans », CelsaLab, 1er juin 2021, https://celsalab.fr/2021/06/01/romain-bouteille-cofondateur-du-cafe-de-la-gare-est-mort-a-lage-de-84-ans/
- « Décès de Romain Bouteille, co-fondateur du célèbre « Café de la gare » », Bourse Direct, 1er juin 2021, https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/people/deces-de-romain-bouteille-co-fondateur-du-celebre-cafe-de-la-gare-afp-87c4b3989206c248f1bf3f3982b48405486059c2
- « Décès de Romain Bouteille, co-fondateur du célèbre ‘Café de la gare’ », RTBF, 1er juin 2021, https://www.rtbf.be/article/deces-de-romain-bouteille-co-fondateur-du-celebre-cafe-de-la-gare-10773707
