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Noël Godin : L’Entarteur Anarchiste qui Révolutionna l’Humour Belge

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Noël Godin est un agitateur anarcho-humoristique belge né le 13 septembre 1945 à Liège, célèbre pour avoir inventé l’art de l’entartage politique. Surnommé Georges Le Gloupier, il a transformé la tarte à la crème en arme de subversion contre les personnalités qu’il jugeait pompeuses, de Bernard-Henri Lévy à Bill Gates en passant par Jean-Luc Godard. Pendant plus de trente ans, cet ancien critique de cinéma a mené une croisade pâtissière qui a marqué l’histoire de l’humour contestataire européen.

Qui est vraiment l’homme derrière le masque du Gloupier ? Comment un passionné de cinéma d’auteur est-il devenu le cauchemar des gloires médiatiques ? De ses premiers canulars littéraires dans les années 1960 à ses commandos pâtissiers des années 1990, Noël Godin incarne une forme unique d’humour politique où la crème pâtissière devient philosophie. Découvrons ensemble le parcours de celui qui fit du rire un acte de résistance.

Chronologie Marquante de Noël Godin

  • 1945 – Naissance à Liège le 13 septembre
  • 1968 – Première action avec un pot de colle contre Marcel De Corte
  • 1969 – Premier entartage réel de Marguerite Duras à Louvain (11 décembre)
  • 1970 – Entartage d’Henri Guillemin à Liège (mars)
  • 1976 – Entartage de Marco Ferreri au Festival de Cannes (20 mai)
  • 1985 – Premier entartage de Bernard-Henri Lévy à Liège (RTBF)
  • 1993 – Entartage de Patrick Bruel à Bruxelles (décembre)
  • 1994 – Entartage de Jean-Pierre Elkabbach à Roland-Garros (juin)
  • 1995 – Réception du Grand Prix de l’Humour Noir Xavier Forneret (auto-entarté)
  • 1995 – Entartage de Pascal Sevran et BHL avec Arielle Dombasle (mai)
  • 1996 – Entartage de Patrick Poivre d’Arvor (avril)
  • 1997 – Entartage de Jean-Luc Godard à Cannes (mai) et de Nicolas Sarkozy à Bruxelles (février)
  • 1998 – Entartage de Bill Gates à Bruxelles
  • 2002 – Condamnation à 800 euros d’amende pour l’entartage de Jean-Pierre Chevènement

Les Origines de Noël Godin : Enfance et Premiers Pas dans l’Humour

Né à Liège le 13 septembre 1945, Noël Godin grandit dans un milieu modeste dont les détails restent parcellaires. Ce qui est certain, c’est que dès l’âge de dix ans, le jeune Liégeois développe une passion dévorante pour le cinéma. Il choisit lui-même les films que sa famille ira voir au Palace ou au Forum de Liège, manifestant déjà un goût prononcé pour le septième art.

À quatorze ans, la vision de M le Maudit de Fritz Lang provoque chez lui une révélation. L’adolescent se passionne alors pour le cinéma d’auteur et commence à collectionner les magazines français de pointe comme Les Cahiers du cinéma et Positif. Cette cinéphilie précoce forge sa sensibilité artistique et son regard critique sur la société.

Étudiant, Godin remporte le Prix des jeunes critiques, concours organisé par la revue belge Les Amis du film. Il rejoint la rédaction de cette unique publication cinématographique belge de l’époque, dirigée par Jean De Bongnie, aux côtés de futurs grands noms comme Philippe Reynaert ou Louis Danvers. C’est dans ces colonnes qu’il commence à développer son écriture subversive.

Dès le milieu des années 1960, Godin multiplie les contributions à diverses publications comme Ciné Revue et Actuel. Parallèlement, il invente en 1968 le personnage fictif de Georges Le Gloupier (en référence à un personnage imaginaire et multiface créé par Jean-Pierre Bouyxou) pour publier de fausses critiques de films imaginaires et des interviews apocryphes. Il écrivit un jour que le réalisateur imaginaire Georges Le Gloupier avait jeté une tarte à la crème au visage de Robert Bresson. Dans le numéro suivant, il annonça que Marguerite Duras, amie de Bresson, l’avait vengé en attaquant Le Gloupier de la même manière. Cette mystification littéraire préfigure ses futurs entartages : l’humour comme arme de déconstruction.

Le Style Unique de Noël Godin : Analyse et Évolution

La Révélation : Comment Noël Godin a Conquis le Public

Les activités d’entarteur de Noël Godin semblent avoir commencé en novembre 1968. Avec un complice, ils s’en prirent à un professeur de l’université de Liège, Marcel De Corte, connu pour ses idées réactionnaires, sur lequel Godin déversa un pot de colle. Même si l’acte n’a pas été directement revendiqué, il est possible de penser qu’il s’agissait bien de Noël Godin.

Le 11 décembre 1969 marque le véritable coup d’envoi de la carrière d’entarteur de Noël Godin. Ce jour-là, à l’université de Louvain, il réussit son premier entartage sur Marguerite Duras. Muni d’une fausse barbe et de lunettes (le nœud papillon et le smoking viendront plus tard), il fait les cent pas dans la salle d’attente où l’on va projeter Détruire, dit-elle. Au signal de son caméraman, il déballe sa tarte à la crème et l’écrase sur le visage de l’écrivaine-cinéaste, stupéfaite.

Dans la tarte se trouve un carton portant l’inscription : « Avec les compliments de Georges Le Gloupier. » Duras, ne retrouvant pas ses esprits, annule la conférence-débat prévue. Le lendemain, plusieurs médias rapportent l’événement en première page, à la grande surprise de Godin lui-même. L’entartage vient de naître comme forme d’action directe burlesque.

Par la suite, Godin théorise ce qu’il appelle l' »anarco-pâtisserie » : une forme d’humour situationnel anti-autoritaire qui cible les « pompeux cornichons », ces personnalités médiatiques qui se prennent trop au sérieux. Devant le tribunal en 2002, il expliquera avoir entrepris une « croisade pâtissière en hommage à l’humoriste Alphonse Allais, contre des personnalités qui se prennent très, très, très au sérieux. »

Techniques et Signature Artistique

L’art de Noël Godin repose sur une préparation méticuleuse et une action spectaculaire. Ses entartages ne sont jamais solitaires mais collectifs, menés par des commandos de complices tous déguisés en Georges Le Gloupier : nœud papillon, smoking, et bien sûr, tartes à la crème. Cette dimension collective transforme chaque action en happening politique.

Les caractéristiques du style Godin incluent :

  • La préméditation totale avec reconnaissance des lieux
  • La multiplication des complices pour saturer la sécurité
  • L’utilisation de tartes véritables (jamais de fausses)
  • Les slogans criés au moment de l’impact
  • Le refus systématique de la violence physique
  • La dimension performative et médiatique
  • L’absence de revendication politique partisane
  • Le ciblage de personnalités jugées arrogantes

L’évolution de sa pratique se fait en trois phases distinctes. D’abord, les canulars littéraires des années 1960 avec le personnage fictif de Georges Le Gloupier. Ensuite, les entartages pionniers des années 1970, encore artisanaux et improvisés. Enfin, les grandes opérations commandos des années 1990-2000, parfaitement orchestrées comme de véritables happenings urbains.

Godin se distingue par son refus de toute récupération politique. Il n’entarte pas au nom d’une idéologie mais d’une philosophie : rappeler aux puissants qu’ils ne sont que des humains. Sa cible privilégiée reste Bernard-Henri Lévy, entarté plusieurs fois entre 1985 et 2006, incarnation selon lui du cuistre médiatique.

Les Spectacles et Œuvres Cultes de Noël Godin

Actions Pâtissières Emblématiques

Contrairement aux humoristes traditionnels, Noël Godin ne propose pas de spectacles au sens conventionnel. Ses « performances » sont des entartages réels, menés dans l’espace public, sans billetterie ni scène délimitée. Chaque action devient néanmoins un événement médiatique largement relayé.

Entartage de Bernard-Henri Lévy (1985-2006) – La saga la plus longue de la carrière de Godin commence en 1985 aux abords d’une émission de la RTBF à Liège. BHL prend très mal sa première tarte, flanquant rudement Godin au sol et le menaçant : « Lève-toi vite, ou je t’écrase la gueule à coups de talon ! ». Pierre Desproges déclare que ces images illustrent « la vraie nature des cuistres. » La scène, filmée et diffusée, notamment par Coluche et Pierre Desproges, ternit notoirement l’image de marque du philosophe. Entre 1985 et 2006, le philosophe sera entarté plusieurs fois, Godin exigeant qu’il chante « Le Chapeau de Zozo » de Maurice Chevalier pour mettre fin aux hostilités. BHL refusera toujours. En mai 1995, Bernard-Henri Lévy est entarté par Noël Godin une cinquième fois à l’aéroport de Nice en présence d’Arielle Dombasle qui adresse un violent coup de poing à deux des entarteurs.

Entartage de Jean-Luc Godard (Cannes, mai 1997) – Au festival de Cannes, Godin et ses complices parviennent à entarter le cinéaste mythique. Godard, avec classe, refuse de porter plainte, comprenant peut-être l’hommage paradoxal de cet ancien critique de cinéma. Cet entartage reste l’un des plus symboliques de Godin, qui cible ainsi l’un de ses maîtres cinématographiques.

Entartage de Patrick Bruel (Bruxelles, décembre 1993) – Huit complices de Godin, tous habillés en Georges le Gloupier, réussissent à entrer dans l’hôtel Amigo malgré la sécurité. Alors que Bruel signe un autographe, un entarteur lui envoie sa tarte en s’écriant : « Et pan, pan, pan, pan ! Sur l’affreux pou chantant ! » L’action devient culte pour son audace et son slogan mémorable.

Entartage de Bill Gates (Bruxelles, 4 février 1998) – L’une des actions les plus médiatisées internationalement. Le fondateur de Microsoft, en visite officielle en Belgique, reçoit plusieurs tartes en plein visage. Les images font le tour du monde, démontrant que même les plus puissants PDG ne sont pas à l’abri de la crème anarchiste.

Entartage de Nicolas Sarkozy (Bruxelles, février 1997) – Sarkozy arrive au palais des congrès pour un exposé aux Grandes conférences catholiques. Une complice lui demande un autographe et lui envoie une tarte au moment de la signature. Sarkozy se réfugie dans un ascenseur, fait plusieurs allers-retours entre étages pour éviter les entarteurs, mais finit bombardé de crème chantilly par une vingtaine de complices. L’opération illustre la minutie tactique de Godin.

Entartage de Jean-Pierre Elkabbach (Roland-Garros, juin 1994) – Noël Godin se rend avec quelques complices au tournoi Roland-Garros pour entarter Patrick Poivre d’Arvor. Finalement, ils apprennent que PPDA n’y sera pas, ils décident alors d’entarter à la place le patron de la chaîne France 2. Godin et trois complices l’attendent pendant cinq heures à la sortie VIP du stade. Au moment où ils aperçoivent Elkabbach sortir, ils envoient leurs tartes sur lui en même temps, en criant : « Osons ! »

Entartage de Pascal Sevran (Bruxelles, mai 1995) – Noël Godin et sa bande décident d’entarter le chanteur et animateur de télé Pascal Sevran lorsqu’ils apprennent que ce dernier sera l’invité unique de l’émission Une pêche d’enfer, diffusée sur France 3 en vrai direct de la Grand-Place de Bruxelles. Quelques secondes après le début de l’émission, des entarteurs mêlés aux spectateurs se lèvent et envoient deux tartes à la figure de Sevran en s’exclamant : « Entartons, entartons le chancre aux chansons ! »

Entartage de Patrick Poivre d’Arvor (Neuilly, avril 1996) – Godin reçoit l’information que Poivre d’Arvor se trouve à Neuilly et qu’il fait toujours son jogging matinal. Quelques jours plus tard, alors que Godin et deux complices attendent depuis plusieurs heures au froid dans une fourgonnette, ils voient arriver Poivre d’Arvor qui fait son jogging. Les deux complices réussissent à l’entarter en s’exclamant : « Entartons, entartons le pire des faux jetons ! »

Entartage de Marco Ferreri (Cannes, 20 mai 1976) – Noël Godin et six complices se trouvent au festival de Cannes ; ils décident de parcourir la promenade de la Croisette avec une tarte et entarter le premier metteur en scène qu’ils jugent le mériter. En passant devant le Grand Hôtel, ils voient le cinéaste Marco Ferreri attablé à un restaurant avec des producteurs ; ils décident de l’entarter. Georges Le Gloupier, dont le rôle est tenu cette fois par Stéphane Holmès (fils du chanteur Joël Holmès), se met à danser autour de la table en s’exclamant « Gloup ! Gloup ! »

Entartage d’Henri Guillemin (Liège, mars 1970) – L’historien Henri Guillemin donne une conférence au complexe Barbou de Liège. Au moment où Guillemin descend de son estrade, Noël Godin fonce sur lui et lui envoie une tarte à la figure. Guillemin reste sans voix, ce qui donne le temps à l’entarteur de s’enfuir. Un message est enfoui dans la crème : « Puisse cette tarte te rappeler, Henri, que l’Histoire, c’est aussi l’immédiat. »

Entartage dans la cathédrale de Nantes (septembre 1996) – En 1996, Noël Godin accepte de se rendre à Nantes en France avec deux complices à la demande d’un groupe de jeunes anarchistes qui préparent l’entartage des prêtres de la cathédrale Saint-Pierre. Le dimanche 8 septembre 1996, le groupe d’environ soixante-cinq personnes réussit à entrer dans la cathédrale avec des tartes pendant une messe. Au moment où l’un des officiants achève sa lecture de l’Évangile, une dizaine d’entarteurs se dirigent vers les religieux et réussissent à entarter deux d’entre eux. Dans le même temps, un second commando lance des préservatifs remplis d’eau dans les allées de la cathédrale et déploient des banderoles. Noël Godin réussit à s’enfuir en courant dans les rues avoisinantes, mais ses deux complices belges sont pris par la police ; ils seront relâchés quelques heures plus tard.

Filmographie et Créations Cinématographiques

La Vie sexuelle des Belges 1950-1978 (1994) – Film de Jan Bucquoy où Godin incarne une parodie de l’écrivain belge Pierre Mertens. Sa participation confirme son ancrage dans le cinéma d’auteur belge et sa complicité avec Bucquoy, figure majeure du cinéma underground.

Camping Cosmos (1996) – Nouvelle collaboration avec Jan Bucquoy, dans un rôle similaire qui mêle fiction et réalité documentaire sur la culture belge alternative.

La Vie politique des Belges (2002) – Godin y joue son propre personnage, confirmant que sa vie d’entarteur est devenue elle-même une œuvre artistique.

Les Vacances de Noël (2005) – Dernier film avec Jan Bucquoy, qui documente l’univers de l’entarteur dans une forme hybride entre fiction et documentaire.

Courts-métrages : Les Cahiers du cinéma (1972), Prout prout tralala! (1974), Grève et pets (1976) – Ces films courts témoignent de l’engagement de Godin dans le cinéma expérimental et son humour scatologique assumé.

Publications et Créations Écrites

Crème et châtiment : mémoire d’un entarteur (1995) – Son ouvrage majeur où Godin raconte l’histoire de ses actions pâtissières, théorise l’anarco-pâtisserie et explique sa philosophie de l’humour subversif. Le titre parodie Dostoïevski, soulignant la dimension littéraire de sa démarche.

Godin par Godin (2001) – Livre autobiographique où l’entarteur revient sur son parcours de critique de cinéma et d’agitateur burlesque, offrant un regard introspectif sur quarante ans d’activisme humoristique.

Contributions journalistiques – Godin a tenu la rubrique « L’Entarteur littéraire » dans Siné Hebdo, puis dans le mensuel satirique Psikopat, dans La Mèche, El batia moûrt sôu, Zélium, CQFD, et Siné Mensuel. Ses chroniques anarcho-littéraires perpétuent son esprit de subversion dans le champ de la critique culturelle.

Les Répliques Cultes de Noël Godin

  • « Et pan, pan, pan, pan ! Sur l’affreux pou chantant ! » (lors de l’entartage de Patrick Bruel, décembre 1993)
  • « Avec les compliments de Georges Le Gloupier » (message dans la tarte de Marguerite Duras, 1969)
  • « Puisse cette tarte te rappeler, Henri, que l’Histoire, c’est aussi l’immédiat » (message à Henri Guillemin, 1970)
  • « Croisade pâtissière contre ceux qui se prennent très au sérieux » (déclaration au tribunal, 2002)
  • « Gloup ! Gloup ! » (cri rituel de Georges Le Gloupier lors des entartages)
  • « Entartons, entartons le pire des faux jetons ! » (lors de l’entartage de Patrick Poivre d’Arvor, 1996)
  • « Entartons, entartons le chancre aux chansons ! » (lors de l’entartage de Pascal Sevran, 1995)
  • « Lève-toi vite, ou je t’écrase la gueule à coups de talon ! » (réaction de BHL lors du premier entartage, 1985)
  • « Osons ! » (cri lors de l’entartage de Jean-Pierre Elkabbach à Roland-Garros, 1994)
  • « Entartons, entartons les pompeux cornichons » (alexandrin utilisé pour Bernard-Henri Lévy)

Noël Godin en Coulisses : Personnalité et Méthode de Travail

Derrière le personnage médiatique de l’entarteur se cache un homme méticuleux et profondément cultivé. Godin est avant tout un cinéphile érudit, capable de disserter pendant des heures sur Fritz Lang, Robert Bresson ou Jean-Luc Godard. Cette culture cinématographique nourrit sa compréhension du spectacle et de la mise en scène, qu’il applique à ses happenings pâtissiers.

Sa méthode de travail relève du renseignement et de la stratégie militaire. Chaque entartage nécessite des semaines de préparation : reconnaissance des lieux, étude des dispositifs de sécurité, recrutement de complices, fabrication des tartes, répétitions. Godin ne laisse rien au hasard, transformant chaque action en opération commandée digne d’un film d’espionnage burlesque.

L’homme cultive une philosophie anarchiste libertaire, inspirée par des figures comme Ravachol et les dadaïstes. Pour lui, l’entartage n’est pas une agression mais un révélateur : il montre la vraie nature des « cuistres » qui, privés un instant de leur prestance, réagissent parfois avec violence comme Bernard-Henri Lévy. La tarte devient ainsi un test de caractère autant qu’un acte politique.

Godin entretient des collaborations étroites avec des artistes belges comme Jan Bucquoy au cinéma et Jean-Pierre Bouyxou en littérature. Ensemble, ils créent une véritable école de l’humour underground belge, mêlant cinéma expérimental, happenings publics et publications satiriques. Cette dimension collective est essentielle à sa pratique.

Marié avec Sylvie, Noël Godin partage sa vie entre l’activisme pâtissier et la critique culturelle. Une anecdote révélatrice : en 1995, lors de la remise du Grand Prix de l’Humour Noir Xavier Forneret, Godin s’auto-entarte devant l’assemblée médusée. Ce geste illustre son refus de toute récupération institutionnelle : même les honneurs doivent être subvertis. L’entarteur ne peut accepter la consécration sans la tourner en dérision.

Sa relation avec Bernard-Henri Lévy mérite une attention particulière. Plusieurs entartages sur plusieurs années témoignent d’une véritable obsession. Godin voit en BHL l’incarnation parfaite du cuistre médiatique : intellectuel omniprésent, donneur de leçons, incapable d’autodérision. Lorsque la compagne de BHL, Arielle Dombasle, frappe violemment deux entarteurs lors d’une action en 1995, Godin y voit la confirmation de son analyse.

L’Héritage de Noël Godin : Impact sur l’Humour Français

Influence sur les Nouvelles Générations

Noël Godin a ouvert une voie nouvelle dans l’humour contestataire européen. Son concept d’entartage a essaimé bien au-delà de la Belgique, inspirant des imitateurs dans le monde entier. Des groupes comme les Yes Men aux États-Unis ont repris cette logique d’actions directes burlesques pour dénoncer les abus du capitalisme et des élites.

En France, l’esprit de Godin irrigue toute une génération d’humoristes engagés. Des artistes comme François Ruffin avec son documentaire Merci Patron! perpétuent cette tradition de l’humour comme arme politique. La télévision française a également intégré cette culture du détournement satirique, de Les Guignols de l’info aux chroniqueurs de Quotidien.

La dimension performative des entartages préfigure l’art contemporain des années 2000. Des artistes comme Banksy ou Ai Weiwei utilisent des stratégies similaires : actions spectaculaires, dimension médiatique, critique politique enrobée d’humour. Godin a démontré que l’espace public pouvait devenir scène d’un théâtre de guérilla créatif.

Place dans le Patrimoine Culturel

Noël Godin occupe une place unique dans l’histoire culturelle belge. Il incarne une tradition libertaire spécifiquement belge, mêlant surréalisme, anarchisme et autodérision. Des figures comme Jacques Brel ou Hergé ont également exploré ce territoire de l’irrévérence douce-amère, mais Godin y ajoute une dimension d’action directe inédite.

Son œuvre interroge les frontières entre art, politique et humour. Ses entartages sont-ils des performances artistiques, des actes militants ou de simples blagues ? Cette ambiguïté assumée fait toute la force de sa démarche. Godin refuse les catégories établies, préférant occuper un entre-deux subversif.

La réception critique de son travail a évolué. D’abord perçu comme un simple farceur, il est progressivement reconnu comme un théoricien de l’humour politique. Ses livres, ses collaborations cinématographiques et ses contributions journalistiques ont établi sa légitimité intellectuelle. En 1995, le Grand Prix de l’Humour Noir Xavier Forneret consacre cette reconnaissance, même s’il le subvertit en s’auto-entartant. Il reçoit également le Prix de la Dent Dure en 1996.

Sur le plan sociologique, Godin a révélé les mécanismes de la domination symbolique. En ciblant les « grands hommes » dans leur prestance publique, il démontre que leur pouvoir repose largement sur la mise en scène. Une simple tarte suffit à faire vaciller cette façade, révélant la fragilité du prestige médiatique.

L’analyse historique de son travail le situe dans la lignée des situationnistes français comme Guy Debord. Comme eux, Godin considère que la société du spectacle doit être combattue par le spectacle lui-même. L’entartage devient ainsi une forme de détournement situationniste appliqué à l’humour politique.

Questions Fréquentes sur Noël Godin

Où est né Noël Godin ?

Noël Godin est né à Liège, en Belgique, le 13 septembre 1945.

Quand Noël Godin a-t-il commencé sa carrière d’entarteur ?

Le premier entartage réel de Noël Godin date du 11 décembre 1969, lorsqu’il entarte Marguerite Duras à l’université de Louvain.

Quels sont les entartages les plus connus de Noël Godin ?

Ses actions les plus célèbres incluent les multiples entartages de Bernard-Henri Lévy, ainsi que ceux de Jean-Luc Godard, Bill Gates, Nicolas Sarkozy et Patrick Bruel.

Comment Noël Godin a-t-il marqué l’humour français et belge ?

Godin a inventé l’entartage comme forme d’humour politique, créant un nouveau genre de performance artistique contestataire qui a inspiré des générations d’activistes et d’artistes.

Quel est le style d’humour de Noël Godin ?

Son humour est anarchiste et situationnel, mêlant absurde et engagement politique. Il pratique ce qu’il appelle l' »anarco-pâtisserie », ciblant les personnalités jugées pompeuses.

Noël Godin a-t-il remporté des prix ?

Il a reçu le Grand Prix de l’Humour Noir Xavier Forneret en 1995 (lors duquel il s’est auto-entarté) et le Prix de la Dent Dure en 1996.

Où peut-on voir les entartages de Noël Godin ?

Des vidéos d’archives de ses entartages sont disponibles sur diverses plateformes en ligne, notamment YouTube, ainsi que dans les documentaires de Jan Bucquoy.

Qui a influencé Noël Godin ?

Ses influences incluent l’humoriste Alphonse Allais, les anarchistes comme Ravachol, le mouvement dadaïste, et sa passion pour le cinéma d’auteur européen.

Noël Godin est-il toujours actif ?

Né en 1945, Noël Godin est aujourd’hui âgé de 80 ans. Son activité d’entarteur semble s’être principalement concentrée entre 1969 et le début des années 2000.

Noël Godin a-t-il eu des problèmes avec la justice ?

Oui, certaines de ses victimes ont porté plainte. En octobre 2002, Jean-Pierre Chevènement a obtenu la condamnation de Noël Godin à 800 euros d’amende pour « violences volontaires avec préméditation ». En 2004, sa peine se verra alourdie en appel à 2500 euros, faisant de cette tarte la plus chère de l’histoire avec les frais de justice, soit 7351 euros. Philippe Douste-Blazy a également porté plainte contre l’entarteur.

Noël Godin : Un Pilier de l’Humour Anarchiste Belge

Noël Godin incarne une forme unique d’humour politique où la crème pâtissière devient philosophie. En transformant l’entartage en art performatif, il a démontré que le rire peut être une arme de subversion non-violente contre les puissants et les prétentieux. De Marguerite Duras à Bill Gates, ses cibles témoignent d’une cohérence : dénoncer l’arrogance sous toutes ses formes.

Critique de cinéma devenu agitateur burlesque, Godin a su fusionner culture savante et action directe. Ses multiples entartages de Bernard-Henri Lévy constituent une œuvre en soi, performance au long cours qui interroge les limites de la provocation humoristique. Son refus de chanter « Le Chapeau de Zozo » symbolise l’incapacité des élites à accepter la dérision.

L’influence de Godin se mesure aujourd’hui dans l’émergence d’un activisme créatif où humour et contestation se mêlent. Des Yes Men à Banksy, nombreux sont ceux qui ont repris cette logique du happening politique. En Belgique, il demeure une figure tutélaire de la contre-culture, rappelant que le rire peut ébranler les certitudes et révéler les impostures.

Découvrez également sur HUMORIX les biographies d’autres grands noms de l’humour engagé français et francophone, de Pierre Desproges à Coluche, pour explorer toutes les facettes de la satire contemporaine.

Références et Sources

  1. Wikipédia FR – Noël Godin (consulté le 30/01/2026) – https://fr.wikipedia.org/wiki/No%C3%ABl_Godin
  2. Babelio – Biographie Noël Godin – https://www.babelio.com/auteur/Nol-Godin/4665
  3. Étonnants Voyageurs – Fiche auteur Noël Godin – https://www.etonnants-voyageurs.com/GODIN-Noel.html
  4. SensCritique – Liste des personnalités entartées par Noël Godin – https://www.senscritique.com/liste/noel_godin_aka_l_entarteur_les_personnalites_entartees/652699
  5. IMDb – Filmographie Noël Godin – https://www.imdb.com/name/nm0324075/
  6. Archives vidéo – Interviews et documentaires sur les entartages
  7. BookNode – Biographie auteur – https://booknode.com/auteur/noel-godin/biographie
  8. Le Gossip – Noël Godin (2005) – https://www.legossip.net/noel-godin/5210/
  9. Film Wiki Fandom – Noël Godin – https://film.fandom.com/fr/wiki/No%C3%ABl_Godin
  10. Archives journalistiques – Articles Siné Hebdo, Psikopat, CQFD, Siné Mensuel
  11. Noir sur Blanc éditions – Publications de Noël Godin

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