Alphonse Allais : Biographie du Génie de l’Absurde et Pionnier de l’Humour Moderne
Alphonse Allais est un écrivain, journaliste et humoriste français qui révolutionna l’art du rire en inventant l’humour absurde moderne. Né à Honfleur en 1854, cet alchimiste des mots transforma les calembours, les holorimes et la logique retournée en armes de mystification littéraire. Qui est réellement cet homme qui fit rire le Tout-Paris de la Belle Époque avant de sombrer dans un relatif oubli, puis d’être ressuscité par André Breton et les surréalistes comme précurseur génial ?
Portrait éclair d’Alphonse Allais : Né le 20 octobre 1854 à Honfleur et mort le 28 octobre 1905 à Paris, Alphonse Allais incarne le journaliste bohème de la fin du XIXe siècle. Rédacteur en chef du célèbre journal Le Chat Noir, il publie quotidiennement des chroniques délirantes qui font de lui l’une des plumes les plus acérées de son temps. Maître du calembour et inventeur de l’holorime, il publie notamment À se tordre (1891) et Vive la vie ! (1892), recueils devenus cultes. Son humour repose sur l’absurde, le non-sens et une irrévérence joyeuse qui préfigure le dadaïsme et le surréalisme. André Breton le consacrera en l’incluant dans son Anthologie de l’humour noir en 1940, reconnaissant en lui un subversif du langage.
Comment ce fils de pharmacien normand devint-il le chantre de la mystification littéraire ? Plongeons dans l’existence déjantée d’un précurseur méconnu qui fit du quotidien une source inépuisable de délire poétique.
Chronologie Marquante d’Alphonse Allais
- 1854 – Naissance le 20 octobre à Honfleur (Calvados), cadet d’une fratrie de cinq enfants
- 1871 – Bachelier des sciences à 17 ans, débute un stage en pharmacie familiale (expériences catastrophiques)
- 1878-1881 – Rejoint les groupes fantaisistes parisiens : Hydropathes, Fumistes, Hirsutes
- 1882 – Première collaboration au journal Le Chat Noir (numéro 4, 4 février)
- 1886 – Devient rédacteur en chef du Chat Noir (26 octobre)
- 1891 – Publication de son premier recueil À se tordre, succès immédiat
- 1892 – Parution de Vive la vie !, consécration auprès du public parisien
- 1893 – Dernière chronique au Chat Noir (19 août), poursuit dans Gil Blas et Le Journal
- 1899 – Devient rédacteur en chef du journal Le Sourire (août)
- 1905 – Décès le 28 octobre à Paris, à l’âge de 51 ans, d’une embolie pulmonaire
- 1940 – Reconnaissance posthume par André Breton dans l’Anthologie de l’humour noir
Les Origines d’Alphonse Allais : Enfance Normande et Vocation Contrariée
Un Cadet Silencieux de Honfleur
Charles-Alphonse Allais voit le jour le 20 octobre 1854 à Honfleur, petit port pittoresque du Calvados où la mer rencontre l’estuaire de la Seine. Son père, Charles Auguste Allais, est pharmacien, installé au 6 de la place de la Grande-Fontaine. Sa mère, Alphonsine Vivien, tient le foyer où grandissent cinq enfants. Alphonse est le cadet, un détail qui aura son importance dans la construction de son tempérament frondeur. Étrangement, jusqu’à l’âge de trois ans, le petit Alphonse ne prononce pas un mot. Sa famille le croit muet. Cette particularité fascinante annonce peut-être déjà son rapport singulier au langage : lorsqu’il se décidera enfin à parler, ce sera pour en tordre les codes avec un génie inégalé.
Sa sœur aînée, Jeanne Leroy-Allais, deviendra autrice pour enfants, preuve que la plume familiale sait manier les mots. Cependant, la pharmacie paternelle représente le destin officiel tracé pour le jeune Alphonse. Son père, homme sérieux et méthodique, espère transmettre son officine à son fils. C’est sans compter sur le caractère déjà fantasque de l’adolescent. Reçu bachelier des sciences à 17 ans, Alphonse entame un stage à la pharmacie familiale qui vire rapidement au désastre burlesque. Ses expériences farfelues, ses faux médicaments et ses conseils loufoques aux clients exaspèrent son père. Les sources divergent quant aux détails précis, mais l’anecdote résume bien l’esprit du personnage : là où le père voit rigueur scientifique, le fils voit matière à canular.
L’Échappée Parisienne
Désespéré, Charles Auguste envoie son rejeton terminer ses études à Paris, dans une pharmacie moins exposée aux frasques familiales. Mais Paris dans les années 1870, c’est la bohème, l’effervescence artistique, l’explosion des cabarets et des cercles littéraires. Pour le jeune Alphonse, c’est une révélation. Ses fréquentations estudiantines dérapent rapidement vers les milieux artistiques underground. Il délaisse éprouvettes et piluliers pour fréquenter poètes, chansonniers et mystificateurs de tout poil. Son ami Charles Cros, poète et inventeur touche-à-tout, l’initie à la photographie. Alphonse tente sa chance dans ce domaine, mais sans succès. Qu’importe : il a trouvé sa voie dans l’écriture humoristique.
Par la suite, Alphonse rejoint les groupes fantaisistes qui fleurissent dans le Quartier latin. Les Hydropathes (1878-1880), rassemblement de poètes et d’humoristes fumistes, l’accueillent avec enthousiasme. C’est là qu’il affûte son style absurde et développe son art du calembour dévastateur. En 1881, après avoir officiellement abandonné ses études de pharmacie sans succès, il devient collaborateur du cabaret Le Chat Noir, épicentre de la création artistique montmartroise. Sa plume acérée et son sens de la mystification trouvent enfin leur public.
Le Style Unique d’Alphonse Allais : Maître de l’Absurde et du Calembour
La Révélation au Chat Noir
Le véritable tournant survient en 1882, lorsque Allais publie sa première chronique dans le journal du Chat Noir, numéro 4 daté du 4 février, intitulée Feu de paille. Le succès est immédiat. Son écriture délirante, ses histoires absurdes et ses jeux de mots ravageurs séduisent les lecteurs parisiens en quête d’humour décalé. En 1885, il fréquente le café-restaurant Au Tambourin, boulevard de Clichy, où se croisent artistes et intellectuels. Mais c’est le 26 octobre 1886 que survient la consécration : Alphonse Allais devient rédacteur en chef du Chat Noir. Dès lors, il règne en maître sur cette publication culte, imposant sa vision loufoque et subversive de la littérature humoristique.
Son rythme de production est effréné : une œuvre par jour, publiée dans les colonnes du journal. Ces textes courts, écrits dans l’urgence créative, déploient une inventivité époustouflante. Allais y raconte des histoires rocambolesques où la logique ordinaire vole en éclats, remplacée par une cohérence interne absurde qui fascine autant qu’elle déroute. Il continuera cette collaboration jusqu’au 19 août 1893, avant de poursuivre dans des titres prestigieux comme Gil Blas et Le Journal, où sa dernière chronique paraîtra le 20 octobre 1905, jour de son anniversaire et quelques jours seulement avant sa mort.
Techniques et Signature Artistique
Allais développe plusieurs techniques qui feront sa renommée. D’abord, les calembours : ces jeux de mots fondés sur l’homophonie deviennent chez lui des armes de destruction massive du sens. Là où d’autres se contentent d’un bon mot occasionnel, Allais construit des récits entiers sur des enchaînements calembourdesques vertigineux. Ensuite, les vers holorimes, poèmes où chaque vers rime intégralement avec le suivant, exploits techniques rares qui démontrent sa virtuosité linguistique. Enfin, l’absurde logique : ses histoires reposent sur des prémisses folles qu’il développe avec un sérieux imperturbable, créant ainsi un décalage comique irrésistible.
Son style se caractérise également par une économie de moyens : textes brefs, chutes surprenantes, absence de fioritures. Allais va droit au but du rire, sans s’encombrer de développements superflus. Cette efficacité narrative annonce les formes courtes modernes. Ses thèmes favoris incluent les travers humains, les conventions sociales, les situations quotidiennes détournées et une satire douce de la bourgeoisie de son temps. Contrairement à d’autres humoristes plus acerbes, Allais n’est jamais cruel : son rire reste léger, bienveillant, presque enfantin dans sa malice.
Caractéristiques stylistiques d’Alphonse Allais :
- Calembours sophistiqués et enchaînements homophoniques
- Vers holorimes (prouesse technique rare)
- Logique absurde développée avec sérieux imperturbable
- Chutes narratives inattendues et déstabilisantes
- Économie de moyens et concision redoutable
- Mystification douce, sans méchanceté
- Détournement du quotidien en source de délire
- Ironie légère et observation sociale fine
André Breton, dans son Anthologie de l’humour noir publié en 1940, salue en Allais un « faux candide s’attaquant au sens même des mots pour mieux souligner l’absurdité de maints aspects de la vie politique, économique et sociale ». Cette reconnaissance posthume consacre Allais comme précurseur du surréalisme et du dadaïsme, mouvements qui reprendront son goût pour la subversion linguistique et l’éloge du non-sens créatif.
Les Œuvres et Créations Majeures d’Alphonse Allais
Recueils Humoristiques
À se tordre (1891) – Premier recueil publié, immédiat succès. Allais y compile ses meilleures chroniques parues dans Le Chat Noir. Le titre annonce la couleur : ces textes provoquent un rire physique, incontrôlable. On y trouve des histoires déjantées, des personnages loufoques et des situations improbables traitées avec un sérieux hilarant. Ce livre établit définitivement la réputation d’Allais comme maître de l’humour littéraire. Les critiques saluent son originalité radicale. Le public parisien s’arrache l’ouvrage, preuve que l’absurde trouve son public à la Belle Époque. Ce recueil demeure aujourd’hui un classique du genre.
Vive la vie ! (1892) – Deuxième recueil, encore plus abouti. Allais y affine son art du calembour et de la chute narrative. Le succès commercial confirme que son humour répond à un besoin d’évasion chez les lecteurs. Plusieurs nouvelles de ce recueil sont devenues cultes, régulièrement citées et rééditées. L’enthousiasme critique accompagne le triomphe public. Allais atteint alors le sommet de sa notoriété. Ces deux recueils fondateurs seront suivis d’autres publications, dont Amours, délices et orgues (années 1890), poursuivant l’exploration jubilatoire du non-sens littéraire.
Ne nous frappons pas (1900) et Le Captain Cap (1902) – Dans ces recueils plus tardifs, Allais crée le personnage du Captain Cap, son alter ego fictionnel le plus célèbre. Ce personnage mystérieux, « candidat antibureaucrate et antieuropéen », incarne l’esprit frondeur d’Allais. Les aventures du Captain Cap mêlent satire politique et délire surréaliste. Ces textes démontrent que l’auteur n’a rien perdu de sa verve créatrice, malgré les années et une santé déclinante.
Œuvres Plastiques et Arts Incohérents
Au-delà de l’écriture, Allais s’illustre également comme artiste visuel précurseur. Il participe au mouvement des Arts incohérents, groupe d’artistes fantaisistes qui détournent les codes de l’art académique. Ses monochromes — toiles entièrement blanches ou noires avec des titres absurdes — préfigurent de plusieurs décennies les recherches minimalistes du XXe siècle. L’une de ses œuvres, un ready-made constitué d’un rideau de fiacre vert accompagné du titre « Des souteneurs encore dans la force de l’âge et le ventre dans l’herbe boivent de l’absinthe », a été classée Trésor National en 2021 avec un ensemble d’œuvres des Arts Incohérents, reconnaissance tardive mais symbolique de son apport à l’art moderne.
Publications dans la Presse
La carrière journalistique d’Allais constitue l’essentiel de sa production. Outre Le Chat Noir, il collabore régulièrement à Gil Blas et devient chroniqueur vedette du Journal à partir de 1892. Sa première chronique, « Le perroquet », paraît dans le numéro 2 daté du 29 septembre 1892. En août 1899, il devient rédacteur en chef du journal humoristique Le Sourire, fondé par Maurice Méry pour rivaliser avec Le Rire. Il y publie quotidiennement jusqu’à sa mort, sa dernière chronique, « La faillite des centenaires », paraissant le 20 octobre 1905, jour de son 51e anniversaire. Cette discipline d’écriture quotidienne forge son style percutant et sa capacité à trouver l’humour dans l’actualité la plus prosaïque.
Les Répliques et Formules Cultes d’Alphonse Allais
Allais a laissé de nombreuses phrases et calembours passés à la postérité. Voici une sélection représentative de son génie verbal :
- « On devrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus pur. » (Absurde logique typique)
- « L’encre sympathique est le seul liquide invisible qui laisse des traces. » (Paradoxe humoristique)
- « Il faut prendre la vie du bon côté : la preuve, c’est que le mauvais n’existe pas. » (Optimisme absurde)
- « La mort, c’est la vie qui a cessé de croire. » (Philosophie déjantée)
- « Les Parisiens sont les gens de province qui ont réussi. » (Observation sociale piquante)
- « Par les temps qui courent, il vaut mieux courir que marcher. » (Calembour en situation)
- « Tout est bon dans le cochon, même la queue qui sert d’apostrophe. » (Jeu de mots savoureux)
- « Les optimistes ne sont jamais déçus, sauf quand ils s’attendent à l’être. » (Paradoxe logique)
- « La femme est l’avenir de l’homme, à condition qu’il ne la rate pas. » (Détournement moderne avant l’heure)
- « Un pessimiste est un optimiste qui a de l’expérience. » (Aphorisme désabusé)
Ces formules démontrent l’extraordinaire capacité d’Allais à condenser l’absurde en une phrase ciselée. Son humour repose toujours sur un effet de surprise : le lecteur croit comprendre où va la phrase, puis la chute le déroute avec élégance.
Alphonse Allais en Coulisses : Méthodes et Personnalité
Un Homme Discret et Bohème
Contrairement à d’autres figures flamboyantes de la Belle Époque, Allais cultive une discrétion relative. Les témoignages le décrivent comme un homme courtois, d’humeur égale, apprécié de ses pairs. Sa vie personnelle reste volontairement dans l’ombre : peu de confidences, peu de scandales. Il vit modestement de sa plume, fréquente les cafés montmartrois, entretient des amitiés artistiques solides. Son existence ressemble à celle de nombreux écrivains-journalistes de son temps : travail acharné, bohème assumée, santé fragile due à un mode de vie précaire.
L’anecdote la plus révélatrice de son caractère concerne son mutisme enfantin. Muet jusqu’à trois ans, il développe ensuite un rapport au langage d’une richesse exceptionnelle. Ce retard initial semble avoir décuplé son besoin de jouer avec les mots, de les tordre, de les faire exploser en gerbes de sens contradictoires. Autre anecdote significative : ses échecs en pharmacie démontrent son inadéquation fondamentale avec les carrières sérieuses. Là où son père attend rigueur et méthode, Alphonse apporte fantaisie et expérimentation ludique. Cette opposition traduit le conflit classique entre génération raisonnable et nouvelle génération artistique.
Méthode de Travail
Allais écrit vite, beaucoup, dans l’urgence des délais journalistiques. Cette contrainte forge son style incisif et nerveux. Il ne travaille pas à partir de plans détaillés : l’inspiration vient du quotidien, d’une conversation entendue, d’un titre de journal détourné, d’un jeu de mots surgi par hasard. Sa méthode repose sur l’observation fine du réel, immédiatement transformé par son prisme déformant. Il ne note pas, ne prépare pas : il écrit d’un jet, se fiant à son instinct et à sa maîtrise du langage. Cette spontanéité explique la fraîcheur intacte de ses textes, leur capacité à surprendre encore aujourd’hui.
Il entretient des amitiés littéraires importantes avec des figures comme Erik Satie, originaire lui aussi d’Honfleur, et avec qui il partage une sensibilité artistique commune. Les deux hommes naissent dans la même rue, leurs familles se connaissent, créant des liens précoces. Allais fréquente également les avant-gardes artistiques de son temps, participe aux expositions des Arts Incohérents, dialogue avec les peintres et les poètes. Cette ouverture multidisciplinaire nourrit son œuvre d’influences croisées.
Philosophie Artistique
Derrière la légèreté apparente se cache une philosophie profonde. Allais pratique ce qu’on pourrait appeler un nihilisme joyeux : convaincu de l’absurdité fondamentale de l’existence, il choisit d’en rire plutôt que d’en pleurer. Ses textes ne moralisent jamais, ne cherchent pas à donner de leçons. Ils constatent simplement le caractère arbitraire des conventions sociales et linguistiques, puis s’amusent à les retourner comme des gants. Cette posture subversive douce anticipe les mouvements dada et surréalistes, sans jamais tomber dans le nihilisme destructeur.
Allais croit au pouvoir libérateur du rire. Pour lui, la mystification n’est pas une tromperie malveillante, mais un art qui élève l’esprit en le déstabilisant. Faire rire en perturbant la logique ordinaire, c’est inviter le lecteur à questionner ses certitudes. En ce sens, Allais est un humoriste philosophe, même s’il se défendrait violemment d’une telle étiquette. Sa modestie apparente cache une ambition secrète : faire de l’humour absurde un genre littéraire légitime, digne d’admiration au même titre que le roman ou la poésie.
L’Héritage d’Alphonse Allais : Précurseur Méconnu et Influence Souterraine
Influence sur les Mouvements Avant-Gardistes
La reconnaissance véritable d’Allais survient après sa mort. En 1940, André Breton l’intègre dans son Anthologie de l’humour noir, ouvrage fondamental qui établit une généalogie de l’humour subversif. Breton voit en Allais un précurseur du surréalisme, notamment dans son usage du langage comme matériau plastique à triturer. Les dadaïstes, eux aussi, reconnaissent en lui un ancêtre spirituel : son goût pour le non-sens, la provocation douce et l’anti-littérature annonce leurs propres expérimentations. Tristan Tzara, Francis Picabia et Marcel Duchamp connaissent l’œuvre d’Allais et s’en inspirent, même inconsciemment.
L’Oulipo, mouvement littéraire fondé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais, s’intéresse également à Allais. Ses contraintes formelles, ses vers holorimes et ses exploits techniques trouvent un écho chez ces écrivains fascinés par les jeux de langage mathématiques. Le critique littéraire François Caradec joue un rôle majeur dans la redécouverte d’Allais à partir des années 1960, multipliant les éditions critiques et les études savantes. Dès lors, l’œuvre d’Allais intègre progressivement le canon de l’humour littéraire français.
Place dans le Patrimoine Culturel
En 1954, pour le centenaire de sa naissance, un événement mémorable est organisé à Paris, librairie La Hune, avec le Club des libraires et le Collège de ‘Pataphysique. Cette célébration témoigne de l’attachement durable des amateurs d’humour absurde à l’œuvre d’Allais. La même année, l’Académie Alphonse-Allais est officiellement créée par Henri Jeanson (consolidée en 1985 par Robert Chouard et Robert Rotrou). Cette institution décerne chaque année le Prix Alphonse-Allais, distinguant des créateurs dans l’esprit du maître. Le premier lauréat fut Eugène Ionesco, dramaturge de l’absurde, hommage symbolique à la filiation spirituelle entre les deux auteurs.
L’Association des Amis d’Alphonse Allais (AAAA), créée en 1934, perpétue également sa mémoire. Son siège social se trouve au cabaret La Crémaillère 1900, place du Tertre à Montmartre, quartier mythique de la Belle Époque. Les membres se réunissent régulièrement, organisent des lectures publiques, publient la lettre confidentielle. En 2015, l’Institut Alphonse-Allais est créé, association dédiée à « promouvoir la mémoire, l’esprit et l’œuvre » du maître. Il publie le bulletin Alphy, qui en est à son 23e numéro en janvier 2022.
Pérennité de l’Œuvre
Les rééditions multiples des œuvres d’Allais prouvent que l’engouement du public n’a jamais cessé. Dès les années 1960-1970, ses recueils intègrent les collections de poche, rendant ses textes accessibles à un large public. Son ready-made classé Trésor National en 2021 (parmi un ensemble d’œuvres des Arts Incohérents) symbolise la reconnaissance institutionnelle tardive de son apport artistique. Aujourd’hui, Allais est étudié dans les universités, analysé par les spécialistes de l’humour, cité par les humoristes contemporains. Son influence traverse les générations, touchant autant les écrivains que les comédiens, les poètes que les artistes visuels.
L’héritage d’Allais réside dans sa capacité à avoir ouvert une voie : celle de l’humour absurde littéraire, genre désormais reconnu et pratiqué par de nombreux créateurs. Sans lui, pas de Ionesco, pas de Beckett version comique, pas de Queneau ludique. Allais a démontré qu’on pouvait faire rire intelligemment en déconstruisant le langage, sans jamais tomber dans la vulgarité ou la facilité. Cette exigence esthétique, alliée à une efficacité comique redoutable, fait de lui un classique indémodable.
Questions Fréquentes sur Alphonse Allais
Où est né Alphonse Allais ?
Alphonse Allais est né le 20 octobre 1854 à Honfleur, dans le Calvados, Normandie. Cette petite ville portuaire marquera son imaginaire, même après son installation définitive à Paris.
Quand Alphonse Allais a-t-il commencé sa carrière ?
Sa carrière débute véritablement en 1882 avec sa première collaboration au journal Le Chat Noir. Cependant, il fréquente les milieux artistiques parisiens dès la fin des années 1870.
Quels sont les recueils les plus connus d’Alphonse Allais ?
Ses œuvres majeures sont À se tordre (1891), Vive la vie ! (1892), Ne nous frappons pas (1900) et Le Captain Cap (1902). Ces recueils compilent ses meilleures chroniques humoristiques.
Comment Alphonse Allais a-t-il marqué l’humour français ?
Allais a inventé l’humour absurde littéraire moderne, fondé sur les calembours, les vers holorimes et la logique retournée. Il a préfiguré le surréalisme et le dadaïsme, influençant durablement la littérature humoristique.
Quel est le style d’humour d’Alphonse Allais ?
Son style repose sur l’absurde, le non-sens, les jeux de mots sophistiqués et une ironie douce. Il détourne le quotidien en source de délire, avec une écriture concise et des chutes inattendues.
Alphonse Allais a-t-il remporté des prix ?
De son vivant, non. Cependant, après sa mort, l’Académie Alphonse-Allais créée en 1954 décerne un prix annuel en son honneur. Son ready-made a été classé Trésor National en 2021 (parmi un ensemble d’œuvres des Arts Incohérents).
Où peut-on lire les œuvres d’Alphonse Allais ?
Ses œuvres sont régulièrement rééditées en format poche. Plusieurs sites internet dédiés, comme alphonseallais.fr, proposent également des textes et des informations sur son œuvre.
Qui a influencé Alphonse Allais ?
Allais a été influencé par les milieux artistiques bohèmes parisiens de la Belle Époque, notamment les groupes fantaisistes comme les Hydropathes et le cabaret Le Chat Noir. Son ami Charles Cros l’a également marqué.
Quel lien entre Alphonse Allais et le surréalisme ?
André Breton a reconnu en Allais un précurseur du surréalisme dans son Anthologie de l’humour noir (1940). Son usage subversif du langage et son goût pour l’absurde annoncent les expérimentations surréalistes.
Alphonse Allais était-il seulement écrivain ?
Non, il était également artiste plasticien, participant au mouvement des Arts Incohérents. Ses monochromes et ready-mades préfigurent l’art moderne du XXe siècle. Il s’est aussi essayé à la photographie sans succès.
Alphonse Allais : Un Pilier Méconnu de l’Humour Français
Alphonse Allais demeure l’un des plus grands mystificateurs de la langue française, un génie de l’absurde dont l’influence souterraine irrigue encore l’humour contemporain. Mort prématurément en 1905, il a ouvert la voie à tous les humoristes qui, après lui, ont compris que le rire le plus intelligent naît de la déconstruction ludique du langage et des conventions. Rédacteur en chef du Chat Noir, auteur de recueils cultes, inventeur de formules inoubliables, Allais incarne la Belle Époque créative et bohème, cet âge d’or où Paris bruissait de talents audacieux.
Son héritage traverse les générations : salué par André Breton, admiré par l’Oulipo, célébré par l’Académie qui porte son nom, Allais appartient désormais au panthéon des humoristes français. Sa capacité à faire rire avec les mots, sans jamais tomber dans la facilité, son exigence esthétique alliée à une efficacité comique redoutable, font de lui un classique indémodable. Aujourd’hui encore, ses calembours et ses chutes absurdes provoquent ce même rire libérateur qu’ils suscitaient il y a plus d’un siècle.
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Références et Sources
- Wikipedia FR – Article « Alphonse Allais », consulté octobre 2025 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Allais
- Arvensa – Biographie d’Alphonse Allais, 2025 – https://www.arvensa.com/biographie-alphonse-allais/
- De Plume en Plume – Biographie synthétique, 2025 – https://www.de-plume-en-plume.fr/membre/1249
- Linternaute – Biographie courte, dates, citations, 2025 – https://www.linternaute.fr/biographie/litterature/1775816-alphonse-allais-biographie-courte-dates-citations/
- Site officiel Alphonse Allais – https://www.alphonseallais.fr/
- Allais Viens – Association des passionnés – https://www.allaisviens.fr/
- Lisez.com – Biographie et œuvres – https://www.lisez.com/auteurs/alphonse-allais
- André Breton, Anthologie de l’humour noir, Éditions du Sagittaire, 1940
