La Troupe du Café de la Gare : Histoire du Collectif Mythique de l’Humour Français
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La troupe du Café de la Gare est un collectif légendaire qui a révolutionné le paysage théâtral français au lendemain de Mai 68. Fondée en juin 1969 à Paris par un groupe d’amis artistes épris de liberté, cette aventure collective a donné naissance à certaines des plus grandes figures de l’humour et du cinéma français. Romain Bouteille, Coluche, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Sotha et Henri Guybet comptent parmi les membres fondateurs de ce lieu mythique qui incarne l’esprit libertaire et contestataire d’une époque charnière.
Qu’est-ce que le Café de la Gare ? C’est un café-théâtre parisien révolutionnaire créé dans le sillage de Mai 68, lieu d’expérimentation théâtrale où se forge un nouvel humour français. Le collectif défend un théâtre déhiérarchisé sans patron, sans metteur en scène imposé, où chaque membre contribue aux textes, au jeu et même à la construction matérielle du lieu. Avec son slogan provocateur « C’est moche, c’est sale, c’est dans le vent », le Café de la Gare devient le tremplin de carrières exceptionnelles et inspire toute une génération de comédiens.
Comment une bande d’amis inconnus réunis dans une ancienne fabrique de ventilateurs à Montparnasse a-t-elle révolutionné le théâtre français ? Quelle alchimie particulière a permis l’émergence simultanée de talents aussi différents que Coluche, Depardieu, Lanvin, Balasko ou Jugnot ? De sa création en 1969 à sa survie contemporaine, l’histoire du Café de la Gare témoigne d’une utopie collective qui a profondément transformé le paysage culturel français. Ainsi, plongeons dans l’épopée d’un lieu qui, pendant plus de cinquante ans, a incarné une certaine idée de la liberté créatrice et de l’engagement artistique.
Chronologie Marquante du Café de la Gare
- 12 juin 1969 – Premier spectacle au passage d’Odessa à Montparnasse, Paris 14e
- 1969 – Fondation par Romain Bouteille, Coluche, Sotha, Patrick Dewaere, Miou-Miou et Henri Guybet
- 1970 – Départ de Coluche suite à des problèmes d’alcool et conflits avec Bouteille
- 1971 – Déménagement au 41 rue du Temple dans l’ancien Hôtel de Berlize, Marais (450 places)
- 1972 – Réouverture officielle dans le nouveau lieu, devenu le plus grand café-théâtre de Paris
- 1973 – Arrivée de Philippe Manesse, Patrice Minet et Marie-Christine Descouard
- Années 1970 – Passages de Gérard Depardieu, Gérard Lanvin, Renaud, Rufus, Josiane Balasko, Anémone
- Années 1980 – Évolution vers l’accueil d’artistes extérieurs proches de l’esprit maison
- 2010 – Adhésion à l’association Théâtres Parisiens Associés
- 2014 – Publication du livre « Le Café de la Gare, quelle histoire ! » par Marie-Christine Descouard
- 2025 – Le théâtre continue son activité avec 300 places, dirigé par Philippe Manesse et Sotha
Les Origines du Café de la Gare : Naissance d’une Utopie Post-68
Au lendemain des événements de Mai 68 qui secouent la France et bouleversent profondément la société française, un groupe d’amis artistes rêve d’un théâtre différent. Imprégnés de l’esprit libertaire et contestataire de l’époque, ils refusent les structures hiérarchiques traditionnelles du théâtre français, jugées trop rigides et bourgeoises. Romain Bouteille, figure centrale de cette aventure, définit clairement l’ambition du projet : créer un théâtre avec l’interdiction d’interdire, un espace déhiérarchisé où la création collective prime sur l’autorité du metteur en scène.
Le groupe fondateur se constitue progressivement dans le milieu des cabarets parisiens. Romain Bouteille, déjà actif dans les cafés-théâtres, rencontre Coluche, jeune comédien au talent brut. Ils sont rejoints par Sotha, compagne de Bouteille, puis par Patrick Dewaere, Miou-Miou et Henri Guybet. D’autres amis participent également à la fondation : Jean-Michel Haas, Catherine Mitry et Gérard Lefèvre dit Gégé. Tous versent au pot commun leurs modestes cachets pour financer l’aventure. Cette dimension économique collective témoigne d’un engagement total dans le projet.
Le financement initial du Café de la Gare illustre la dimension utopique du projet. Des artistes prestigieux acceptent de jouer les mécènes : Georges Moustaki, Raymond Devos, Jean Ferrat, Jacques Brel, Anne Sylvestre, Leny Escudero, Pierre Perret, Jean Yanne, Julien Clerc et Jean Rochefort apportent leur soutien financier. De manière plus surprenante, la revue satirique Hara-Kiri et même le magasin Inno-Montparnasse participent au financement. Ce mélange de soutiens artistiques et commerciaux témoigne du rayonnement du projet dans le Paris culturel de l’époque.
Le premier lieu s’installe dans une ancienne fabrique de ventilateurs du passage d’Odessa, proche de la gare Montparnasse dans le 14e arrondissement. Chantier collectif où tout le monde met la main à la pâte, le Café de la Gare ouvre officiellement le 12 juin 1969 avec un premier spectacle composé de textes burlesques signés Bouteille, Sotha, Gégé et Dewaere. La salle reste volontairement inachevée, donnant naissance au slogan provocateur : « C’est moche, c’est sale, c’est dans le vent ». Cette esthétique de l’inachevé revendiquée devient la marque de fabrique du lieu.
Contrairement à son nom, le Café de la Gare n’a jamais servi de café et ne comportait ni tables ni chaises. Il s’agit d’une salle de spectacle avec des gradins pour environ 180 personnes entourant sur trois côtés une scène d’environ huit mètres sur cinq. L’appellation « café-théâtre » correspond davantage à une catégorie fiscale avantageuse qu’à une réalité pratique. Toutefois, le terme s’impose rapidement dans le vocabulaire culturel français pour désigner ce nouveau format de spectacle intimiste et contestataire.
L’Esprit Unique du Café de la Gare : Principes et Fonctionnement
La Révolution Collective : Un Théâtre Sans Chef
L’originalité fondamentale du Café de la Gare réside dans son mode de fonctionnement révolutionnaire. Romain Bouteille impose dès l’origine des principes radicaux : pas de chef, pas de metteur en scène imposé, l’acteur reste maître de son texte, répartition de la recette en parts égales, pas de sanctions, celui qui s’en va doit trouver un remplaçant. Ces règles, inspirées de l’autogestion prônée par les mouvements contestataires de 68, créent une structure profondément démocratique.
Cette organisation horizontale engendre une dynamique créative exceptionnelle. Les spectacles naissent d’improvisations collectives, de discussions enflammées et de répétitions où chacun peut proposer ses idées. Les textes burlesques, chansons, sketches et improvisations se mêlent dans un ensemble joyeusement chaotique. Cette liberté créatrice permet l’émergence de talents singuliers qui n’auraient probablement jamais percé dans le système théâtral traditionnel français.
La dimension humaine du collectif se révèle tout aussi importante que sa dimension artistique. Coluche définit le mode de vie de la troupe d’inconnus comme le « copinage en concubinage ». Cette formule savoureuse résume l’ambiance familiale et fusionnelle qui règne au Café de la Gare. Les liens amoureux se tissent et se défont au gré des rencontres : Coluche vit avec Miou-Miou, Sotha quitte Romain Bouteille pour Patrick Dewaere qui séduit ensuite Miou-Miou. Ces entrelacs sentimentaux, loin de nuire au projet, renforcent paradoxalement la cohésion du groupe.
Techniques et Signature Artistique
Le style du Café de la Gare se caractérise par plusieurs éléments distinctifs qui influenceront durablement l’humour français :
Caractéristiques stylistiques de la troupe :
- Improvisation privilégiée sur le texte écrit figé
- Mélange des genres : sketches, chansons, monologues, saynètes
- Humour contestataire et satirique visant les institutions
- Langage populaire assumé contre la diction théâtrale académique
- Costumes et décors minimalistes valorisant le jeu d’acteur
- Interaction directe avec le public brisant le quatrième mur
- Création collective où chacun contribue aux textes
- Esprit de camaraderie visible sur scène
Cette approche révolutionnaire du théâtre tranche radicalement avec les codes dominants de l’époque. Tandis que le théâtre institutionnel français privilégie la diction parfaite, les décors somptueux et la hiérarchie stricte entre metteur en scène et comédiens, le Café de la Gare valorise le naturel, l’authenticité et l’égalité créative. Cette rupture esthétique annonce les transformations profondes qui marqueront le théâtre et l’humour français des décennies suivantes.
L’influence du Café de la Gare s’étend rapidement au-delà de son lieu physique. À la fin des années 1970, plus de 140 cafés-théâtres émergent à Paris, reprenant le modèle inventé par Bouteille et ses amis. Des troupes comme Le Splendid, directement inspirées par l’expérience du Café de la Gare, perpétuent cet esprit de création collective. Christian Clavier, Marie-Anne Chazel et Thierry Lhermitte assistent en 1971 à un spectacle du Café de la Gare et décident alors de monter leur propre café-théâtre.
Les Créations Cultes du Café de la Gare
Les Premières Années : Émergence d’un Style (1969-1971)
Les premiers spectacles du Café de la Gare établissent rapidement la réputation du lieu. Le spectacle inaugural du 12 juin 1969 mêle textes burlesques de Bouteille, Sotha, Gégé et Dewaere dans un ensemble éclectique. L’accueil du public, composé principalement d’étudiants, d’intellectuels de gauche et d’artistes, s’avère enthousiaste. Le bouche-à-oreille fonctionne remarquablement dans le Paris culturel de l’époque.
Rapidement, la troupe développe des spectacles structurés autour de thématiques sociales et politiques. L’esprit contestataire de Mai 68 imprègne profondément les créations. Les sketches visent les institutions, la bourgeoisie, la police et l’ordre moral dominant. Toutefois, contrairement à l’agitprop politique pur, l’humour reste la priorité absolue. Les spectateurs viennent pour rire, même si ce rire véhicule une critique sociale acérée.
Des boulons dans mon yaourt figure parmi les créations marquantes de cette première période. Cette pièce collective provoque d’ailleurs une crise majeure en 1970. Lors d’une répétition, Coluche, aux prises avec des problèmes d’alcool qui le rendent exécrable voire violent, invective et frappe même Romain Bouteille. Cette altercation brutale conduit au départ de Coluche qui quitte la troupe pour entamer sa carrière solo. Cette rupture traumatisante témoigne des tensions inhérentes à tout projet collectif intense.
L’Âge d’Or : Rue du Temple (1972-1980)
En 1971, le succès croissant du Café de la Gare impose un déménagement. La troupe s’installe au 41 rue du Temple dans le 4e arrondissement, dans un bâtiment historique exceptionnel : l’ancien Hôtel de Berlize, relais de poste du XVIIe siècle autrefois appelé « Auberge de l’Aigle d’Or ». Le lieu, avec sa cour d’honneur et ses vastes espaces, devient le plus grand café-théâtre de Paris avec une salle de 450 places. Cette capacité permet d’accueillir un public bien plus large tout en maintenant l’intimité caractéristique du lieu.
Le nouveau Café de la Gare connaît un succès phénoménal durant les années 1970. Les spectacles affichent complet plusieurs semaines à l’avance. La composition de la troupe évolue constamment : certains membres fondateurs comme Patrick Dewaere, Miou-Miou et Henri Guybet vont et viennent en parallèle de leurs carrières cinématographiques naissantes. En 1973, Philippe Manesse, Patrice Minet et Marie-Christine Descouard s’établissent durablement dans la troupe, assurant une continuité créative.
Le collectif s’agrandit avec l’arrivée de nouveaux talents qui deviendront des figures majeures du cinéma et de l’humour français. Gérard Lanvin, qui vendait auparavant des vêtements, rejoint l’aventure. Gérard Depardieu fait des apparitions remarquées. Renaud, futur chanteur populaire, participe aux spectacles. D’autres acteurs passent par le Café de la Gare : Rufus, Martin Lamotte, Thierry Lhermitte, Diane Kurys, Coline Serreau, Josiane Balasko, Anémone, Gérard Jugnot et Roland Giraud. Cette concentration exceptionnelle de talents en devenir fait du Café de la Gare une véritable pépinière artistique.
Les créations de cette période marquent l’histoire du théâtre français. Romain Bouteille et Sotha signent les textes les plus mémorables, développant un style burlesque et poétique qui influence toute une génération. Les spectacles abandonnent progressivement la formule du collage de sketches pour adopter la structure de véritables pièces. Cette évolution témoigne d’une maturation artistique du collectif.
Filmographie Collective
La troupe du Café de la Gare participe également à plusieurs films qui documentent l’esprit du lieu :
L’An 01 (1973, Jacques Doillon) : Film collectif emblématique de l’époque, réunissant une grande partie de la troupe dans une utopie écologique et sociale. Le film incarne parfaitement l’esprit libertaire du Café de la Gare.
Themroc (1973, Claude Faraldo) : Avec Miou-Miou et d’autres membres de la troupe, ce film sans dialogues raconte l’histoire d’un homme qui retourne à l’état sauvage. Film culte du cinéma contestataire français.
Au long de rivière Fango (1974, Sotha) : Réalisation de Sotha, cofondatrice du Café de la Gare, ce film réunit plusieurs membres de la troupe.
Le graphique de Boscop (1976, Sotha et Georges Dumoulin) : Nouvelle réalisation mettant en scène l’univers particulier du collectif.
Répliques et Slogans Cultes du Café de la Gare
- « C’est moche, c’est sale, c’est dans le vent » – Slogan provocateur devenu légendaire
- « L’interdiction d’interdire » – Principe fondateur emprunté à Mai 68
- « Un théâtre sans chef ni metteur en scène » – Déclaration de Romain Bouteille
- « Le copinage en concubinage » – Définition de Coluche sur l’esprit de la troupe
- « Pas de publicité au Café de la Gare » – Slogan ironique de l’époque rue du Temple
- « Nous voulions un théâtre qui n’avait pas existé » – Romain Bouteille
- « L’acteur reste maître de son texte » – Règle fondamentale du collectif
- « Partage équivalent de tout bénéfice » – Principe économique égalitaire
- « Celui qui s’en va doit trouver un remplaçant » – Responsabilité collective
- « Un théâtre libertaire et consciencieux » – Autodéfinition de Romain Bouteille
- « Nous versions tous au pot commun nos modestes cachets » – Principe de solidarité
- « Sans apprentissage, sans hiérarchie » – Revendication anti-académique
- « La troupe devient plus vedette que la vedette » – Constat du succès collectif
- « Un groupe déhiérarchisé » – Définition du mode d’organisation
- « Pas un planche, pas une prise posée par un autre que la troupe » – Fierté du travail manuel collectif
Le Café de la Gare en Coulisses : Fonctionnement et Vie Quotidienne
Le fonctionnement quotidien du Café de la Gare témoigne d’un engagement total de ses membres. Tous participent non seulement aux répétitions et représentations, mais également à l’entretien du lieu, à la billetterie et même aux travaux de rénovation. Cette polyvalence forcée crée un sentiment d’appartenance profond. Chacun se sent réellement propriétaire du lieu, ce qui renforce la cohésion du groupe malgré les inévitables tensions.
Les journées au Café de la Gare s’organisent selon un rythme intense. Répétitions le matin et l’après-midi, représentations le soir, discussions et fêtes une fois le public parti. Cette vie communautaire quasi monastique forge des liens exceptionnels entre les membres. Les amitiés nouées durant ces années perdurent souvent toute une vie, transcendant les carrières individuelles ultérieures.
La gestion économique du lieu révèle les contradictions inhérentes au projet. Le principe de répartition égale des bénéfices se heurte rapidement à la réalité des carrières individuelles différenciées. Lorsque certains membres deviennent des stars du cinéma, la question de leur contribution au collectif devient problématique. Patrick Dewaere, Miou-Miou ou Gérard Depardieu continuent de passer au Café de la Gare entre deux tournages, mais leur statut change. Cette tension entre réussite individuelle et fidélité collective traverse l’histoire du lieu.
Les relations avec les institutions culturelles évoluent également au fil du temps. Initialement ignoré voire méprisé par les théâtres subventionnés, le Café de la Gare acquiert progressivement une légitimité. Toutefois, le collectif refuse systématiquement de demander des subventions publiques pour préserver son indépendance. Cette autonomie financière, difficile à maintenir, constitue un point de fierté mais aussi une source de fragilité économique.
Les tensions internes ne manquent pas dans un collectif aussi fusionnel. Romain Bouteille, bien que théoriquement opposé à toute hiérarchie, exerce de facto une autorité morale sur le groupe. Certains membres lui reprochent de vouloir imposer ses vues. Ces conflits latents éclatent périodiquement, provoquant des départs fracassants ou des périodes de froid. Néanmoins, la passion commune pour le théâtre et l’amitié profonde qui lie les membres permettent généralement de surmonter ces crises.
La dimension politique du Café de la Gare mérite également d’être soulignée. Si le lieu incarne l’esprit libertaire de Mai 68, il refuse néanmoins d’être instrumentalisé par les organisations politiques d’extrême gauche. Les membres du collectif, majoritairement de sensibilité anarchiste, se méfient des dogmes et des avant-gardes autoproclamées. Cette indépendance politique, tout comme l’indépendance financière, constitue un élément identitaire fort du Café de la Gare.
L’Héritage du Café de la Gare : Impact sur le Théâtre et l’Humour Français
Influence sur les Nouvelles Générations
L’impact du Café de la Gare sur le paysage culturel français dépasse largement le nombre de spectateurs ayant fréquenté le lieu. En inventant le format du café-théâtre moderne, le collectif transforme profondément les modalités de production et de diffusion du théâtre en France. Avant le Café de la Gare, le théâtre français se divisait schématiquement entre théâtres subventionnés élitistes et boulevards commerciaux. Le café-théâtre crée une troisième voie : populaire mais exigeant, accessible mais innovant.
La troupe du Splendid représente la filiation la plus directe. Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Gérard Jugnot et Josiane Balasko fondent leur propre café-théâtre en 1974, directement inspirés par le modèle du Café de la Gare. Le succès phénoménal du Splendid, couronné par le triomphe des Bronzés au cinéma, prouve la viabilité du modèle inventé par Romain Bouteille. D’autres troupes émergent selon le même principe durant les années 1970 et 1980.
Au-delà du format, c’est tout un style d’humour que le Café de la Gare contribue à imposer. L’humour contestataire, la satire sociale, le langage populaire assumé, l’improvisation valorisée deviennent des codes dominants de l’humour français. Des humoristes aussi différents que Coluche, Thierry Le Luron, Smaïn, Marc Jolivet ou Chevalier et Laspalès s’inscrivent dans cette filiation, même s’ils ne sont jamais passés directement par le Café de la Gare.
Place dans le Patrimoine Culturel
Avec plus de cinquante-cinq ans d’existence, le Café de la Gare appartient désormais au patrimoine culturel français. Le bâtiment du 41 rue du Temple, inscrit au titre des monuments historiques pour son architecture du XVIIe siècle, accueille toujours le théâtre. Cette permanence dans un lieu chargé d’histoire symbolise la durabilité d’un projet qui aurait pu n’être qu’une aventure éphémère.
La publication en 2014 du livre « Le Café de la Gare, quelle histoire ! » par Marie-Christine Descouard témoigne de l’intérêt durable pour cette expérience. Membre de la troupe de 1973 à 1981, Descouard livre un témoignage précieux sur le fonctionnement interne du collectif. Ce document historique permet aux nouvelles générations de comprendre la dimension révolutionnaire du projet initial.
En 2021, le documentaire « C’est moche c’est sale, c’est dans le vent, c’est le Café de la Gare » réalisé par Guillaume Meurice et Émilie Valentin et diffusé sur France 5 offre une plongée visuelle dans l’histoire du lieu. Ces traces audiovisuelles garantissent la transmission de la mémoire collective à un public qui n’a pas connu l’époque héroïque des années 1970.
D’un point de vue sociologique, le Café de la Gare incarne une utopie collective qui a réussi à durer malgré les contradictions et les tensions. Cette réussite relative prouve la viabilité de modèles alternatifs d’organisation artistique. À l’heure où les institutions culturelles françaises connaissent une crise profonde, l’exemple du Café de la Gare inspire de nombreux collectifs contemporains.
Aujourd’hui, le théâtre continue son activité sous la direction de Philippe Manesse et Sotha, tous deux présents depuis les années 1970. Avec une capacité réduite à 300 places, le lieu accueille des spectacles d’artistes proches de l’esprit maison. Cette continuité remarquable témoigne de la force du projet initial. Le Café de la Gare n’est pas devenu un musée figé mais reste un espace vivant de création théâtrale.
Questions Fréquentes sur le Café de la Gare
Où se trouve le Café de la Gare ?
Au 41 rue du Temple dans le 4e arrondissement de Paris, dans l’ancien Hôtel de Berlize du XVIIe siècle.
Quand le Café de la Gare a-t-il été fondé ?
Le collectif a été créé en juin 1969, avec son premier spectacle le 12 juin 1969 à Montparnasse.
Qui sont les fondateurs du Café de la Gare ?
Romain Bouteille, Coluche, Sotha, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Henri Guybet, Jean-Michel Haas, Catherine Mitry et Gérard Lefèvre.
Quels artistes célèbres sont passés par le Café de la Gare ?
Coluche, Dewaere, Miou-Miou, Depardieu, Lanvin, Renaud, Balasko, Anémone, Jugnot, Lhermitte, Rufus et bien d’autres.
Quel était le principe fondateur du Café de la Gare ?
Un théâtre collectif déhiérarchisé, sans chef ni metteur en scène imposé, avec partage égal des recettes.
Le Café de la Gare existe-t-il toujours ?
Oui, le théâtre poursuit son activité en 2025, dirigé par Philippe Manesse et Sotha, avec 300 places.
Quelle est la capacité actuelle du Café de la Gare ?
300 places, contre 450 places lors du déménagement rue du Temple en 1971.
Quel style d’humour le Café de la Gare a-t-il développé ?
Humour contestataire, satirique, basé sur l’improvisation, le langage populaire et la création collective.
Quelle troupe s’est inspirée du Café de la Gare ?
Le Splendid, fondé en 1974 après que ses membres eurent assisté à un spectacle du Café de la Gare en 1971.
Où peut-on en savoir plus sur l’histoire du Café de la Gare ?
Le livre « Le Café de la Gare, quelle histoire ! » de Marie-Christine Descouard (2014) et le documentaire France 5 de 2021.
Le Café de la Gare : Un Mythe Vivant du Théâtre Français
La troupe du Café de la Gare incarne une expérience unique dans l’histoire culturelle française : une utopie collective qui a traversé plus d’un demi-siècle sans renier ses principes fondateurs. De l’ancienne fabrique de ventilateurs de Montparnasse à l’Hôtel de Berlize du Marais, le lieu a accueilli plusieurs générations d’artistes qui ont profondément transformé le paysage théâtral et humoristique français. Son influence dépasse largement le nombre de spectateurs ayant franchi ses portes.
L’héritage du Café de la Gare se mesure d’abord aux carrières exceptionnelles qu’il a permis d’émerger. Coluche, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Gérard Jugnot comptent parmi les plus grandes figures du cinéma et de l’humour français du dernier demi-siècle. Tous ont forgé leur talent dans ce creuset collectif avant de conquérir un public immense. Cette concentration de talents en un même lieu constitue un phénomène exceptionnel dans l’histoire culturelle.
Au-delà des individualités, le Café de la Gare a transformé en profondeur les codes du théâtre français. En inventant le format du café-théâtre moderne, en valorisant l’improvisation et la création collective, en refusant la hiérarchie traditionnelle entre metteur en scène et comédiens, le collectif a ouvert des voies nouvelles à des générations d’artistes. Ainsi, l’esprit du Café de la Gare continue d’irriguer le théâtre et l’humour français contemporain, preuve qu’une utopie bien menée peut durablement transformer un paysage culturel. Pour découvrir d’autres figures et collectifs majeurs de l’humour français, explorez les biographies d’humoristes et acteurs qui ont marqué l’histoire culturelle française sur HUMORIX.fr.
Références et Sources
- Wikipédia – Article « Café de la Gare » – https://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_de_la_Gare – avril 2025
- AlloCiné – « Mort de Romain Bouteille, cofondateur du Café de la Gare » – https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18699946.html – juin 2021
- INA – « La mort de Romain Bouteille, co-fondateur du célèbre Café de la gare de Paris » – https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/la-mort-de-romain-bouteille – février 2025
- Artistikrezo – Café de la gare – https://www.artistikrezo.com/agenda/theatre-cafe-de-la-gare.html – octobre 2017
- L’Œil d’Olivier – « Romain Bouteille a rejoint son ami Coluche au paradis du Café de la Gare » – https://www.loeildolivier.fr/2021/06/romain-bouteille-a-rejoint-son-ami-coluche – mai 2023
- CelsaLab – « Romain Bouteille, cofondateur du Café de la Gare, est mort à l’âge de 84 ans » – https://celsalab.fr/2021/06/01/romain-bouteille-cofondateur-du-cafe-de-la-gare – juin 2021
- Cabaret-Toulouse.com – « Théâtre : Le café de la Gare à Paris (contact, histoire) » – https://www.cabaret-toulouse.com/post/théâtre-le-café-de-la-gare-à-paris – juin 2020
- CNEWS – « Romain Bouteille, co-fondateur du Café de la gare avec Coluche, est décédé » – https://www.cnews.fr/culture/2021-06-01/romain-bouteille-co-fondateur-du-cafe-de-la-gare – juin 2021
- France Bleu – « Le café de la Gare : c’est moche, c’est sale, mais c’est dans le vent ! » – https://www.francebleu.fr/emissions/la-saga-de-paris-paris-vintage – décembre 2020
- 24 heures – « Décès de Romain Bouteille – L’humoriste et co-fondateur du Café de la gare parisien » – https://www.24heures.ch/le-co-fondateur-du-celebre-cafe-de-la-gare – juin 2021
- Marie-Christine Descouard, « Le Café de la Gare, quelle histoire ! », Le Cherche midi, 2014
- Guillaume Meurice et Émilie Valentin, « C’est moche c’est sale, c’est dans le vent, c’est le Café de la Gare », documentaire France 5, décembre 2021
